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14 Carolyn. Roquebrune. Janvier 2016.

Il m'a littéralement auditionnée sur «Kissing a fool », une de ses chansons. C'est un grand professionnel qui ne laisse rien au hasard. Tout a été revu : ma façon d'articuler, de bouger, de regarder le public. Il a passé sa vie à rechercher la perfection, je l'ai enfin compris.

-Rien ne doit être laissé au hasard, Carolyn. Si vous avez compris cela, vous avez tout compris. Au début de ma carrière, on m'a pris pour un joli jeune homme sans cervelle qui savait faire des tubes et plaire aux jeunes filles mais je n'ai jamais accepté, jamais lâché. Je suis depuis longtemps un compositeur reconnu et un très bon musicien. J'ai énormément travaillé ma voix. Il fallait qu'elle puisse me suivre des années durant et qu'elle témoigne de mon évolution artistique...

-Ecoutez, George, je ne suis pas sûre que ma voix…Enfin, elle n’est pas si belle…

-Peut-être que non, mais tu dois la travailler davantage. Je sais dans quelle comédie musicale tu voudrais te produire à Broadway. Il faut que tu sois au sommet. Finies les vacances !

-Je vous assure que j'ai déjà beaucoup travaillé...

-Non, là, tu t’illusionnes. Il ne faut pas que tu te laisses aller sinon, tu essuieras des refus. On ne prendra pas de gants avec toi.

-Oui, je comprends bien. Je le ferai. Je travaillerai davantage.

-Quoi ? Plus tard ? Ah mais on continue !

-Mais on est le premier janvier ! On sort d'un brunch exquis et je...

-Il faut savoir...

-Vous êtes si intimidant que…

-Que ?

J'ai hésité un instant de trop. Il a hoché la tête d'un air navré. Je lâchais prise trop vite. J’ai tenté de faire diversion.

-Je pars le quatre comme beaucoup d'entre vous. Et vous ?

-Le cinq !

Il a soupiré et fait comprendre que notre entretien était terminé. Une fois seule, je n'ai su que faire et suis allée voir Erik qui lisait dans sa chambre, allongé sur son lit.

-Je suis idiote. Une demeurée, voilà.

-Ah pourquoi ?

-Il m’auditionne dans l’annexe et moi, je lui explique que c’est le premier Janvier ! Je veux juste me détendre, être avec mes amis ! George Daniel me fait travailler et je lui réponds ça. Tu te rends compte ?

Il a ri.

-Erik, j’ai lâché prise…

-C’est parfait. Continue !

Il m'a embrassé sur la joue et j'ai pris cela pour une consolation avant qu'il ne m'embrasse vraiment et très bien. Je m'étais agenouillée pour lui parler et là je me relevais et reculais...

-Je peux savoir ce qu'il t’arrive ?

-Tu es très jolie !

-Quoi ! Mais tu es...Enfin les femmes ne te…

-Ne te laisse pas influencer par les on-dit...

Il s'approchait de moi. Il était à la fois mince et fort. Difficile de résister...

-Tu ne m'as jamais fait d'avance !

-C'est vrai...jusqu'à aujourd'hui...

Il m'a pris dans ses bras et là, j'ai su qu'il était bien trop charmant pour que je lui oppose une quelconque résistance. Tout en m’embrassant par intermittence, il m’a déshabillée avant de m’aider à m’allonger. Il m’a écarté les cuisses avec adresse et s’est mis à me lécher. Je n’aurais jamais imaginé qu’il serait aussi adroit d’autant que j’avais rencontré plusieurs fois son compagnon à New York. Strictement gay, lui…Quand il m’a jugé assez excitée, il m’a pénétrée et j’ai poussé un gémissement de bonheur. Il a pris tout son temps la première puis la seconde fois. Je n’avais aucun moyen de contraception depuis un moment et comme il m’avait prise au dépourvu, je n’avais eu le loisir de lui demander de se protéger…Qui sait comment ça pouvait finir, tout ça ? On a terminé enlacés sur le lit après une longue étreinte. Il me caressait les cheveux et les seins.

-Est-ce que tu es fou ?

-Non. Tu as joui deux fois ?

-Oui.

-Moi-aussi.

-Alors, les femmes t'intéressent ?

-Oui mais ça faisait très longtemps que...

-On ne le dirait pas. Tu connais tout du corps des femmes, toi...

-Je me documente au cas où.

-Je peux rire ?

Il riait lui-même. Il m'a embrassée avec tendresse puis m'a dit :

-Merci, Carolyn. Tu sais, je ne sais pas trop où j'en suis en ce moment et j'avais besoin de la douceur et de la patience d'une femme. Toi, je te connais et c'est mieux encore.

-Mais tu n'es pas mon amoureux...

-Non, je regrette. Ce n'est pas un rôle que je peux jouer auprès de toi. Et tu ne dois pas forcément le regretter.

-Si, je pourrais dès lors que nous venons de si bien faire l’amour…

-Non, tu ferais erreur. Je ne suis pas une partie de plaisir. Je peux être dur.

-Je ne sais pas, pas avec moi, en tout cas… Tu es mon ami. Dis-moi, il a dit vrai ?

-George Daniel ? Sa seigneurie est-il capable de dire faux ?

-Arrête de t’amuser !

-Il t'a conseillée avec justesse je crois. De ce côté-là, il est fiable. Travaille d'arrache-pied dès que tu rentres...

-Erik, ça ne suffira pas.

-Ah bon ? Il a sous-entendu ça ?

-Non mais je manque d’ambition. Au fond, il a raison. Une carrière de chanteuse à Broadway, ça demande beaucoup de ténacité. Je pense que je m’en tirerais mieux au cinéma...Ou dans une petite troupe de théâtre…

-Il a raison en fin de compte. Tu te défiles.

J’ai rougi et lui ai demandé de changer de sujet. Comme il restait silencieux, je l’ai fait.

-Tu lui plais…

-Petite maligne !

-Non, Erik, c’est vrai. Il te regarde, il te cherche…Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

-Que ce n’est pas une histoire pour les jolies filles qui ont envie de s’amuser le premier janvier…

-C’est George Daniel !

-Oh, mais quelle opportuniste ! Il faut que je réponde quoi ? « Ah oui, quelle chance ! En m’y prenant bien, il m’enverra un ou deux messages une fois de retour à Londres. » Quel scoop, hein ! Sans compter qu’un de ces jours, je pourrais me vanter…

-Tu vas céder, je suis sûre.

Il a eu l’air grave tout d’un coup et le sentant un peu à vif, j’ai de nouveau bifurqué. Il ne fallait pas que j’aille trop loin avec lui, d’autant qu’il était difficile à cerner.

-Désolée, j’ai manqué de tact.

-C’est exact. Alors, ne manque d’à-propos maintenant. Allez, je t’écoute !

-D’accord : voici une autre histoire. Si j’étais enceinte de toi ?

-Ah oui, elle me convient celle-là ! Tu aurais un beau bébé : regarde-nous !

-Tu ne peux vraiment pas être sérieux ?

-Pourquoi le devrais-je ? Tu es belle.

-Merci, Erik.

Il m'a de nouveau embrassée de façon troublante et je me suis rhabillée. J'étais éberluée mais rassurée et ravie. Je ne sais comment il agissait avec un partenaire masculin mais il avait donné à la femme que j'étais l'impression qu'émotionnellement et sexuellement, elle méritait la plus grande attention. Compte-tenu des deux derniers goujats dont j'étais tombée amoureuse, c'était un très beau cadeau qu'il me faisait là. Malheureusement pour moi, c’était plutôt à des hommes qu’il les adressait d’habitude…