FASCINATION

 

LA FASCINATION

Isée, jeune femme un peu perdue, est fascinée par un Américain avec qui elle invente des portraits de femmes. Son aveuglement devient de plus en plus tangible.

 La fascination est une épreuve ambivalente de la vie psychique où la perception d'une chose absorbe provisoirement la conscience qui la vise. En fait, l'image du fascinant (par perte du sujet ou par extase) apparaît d'abord en associant mystérieusement et involontairement le fascinant à celui qui est fasciné. Dans ces conditions, la fascination paraît paradoxale puisqu'elle supprime d'abord toute possibilité de la penser clairement, et puisqu'elle nous inspire ensuite de vouloir penser ses divers effets objectifs et figés en sortant de sa prime léthargie ; la pensée saute alors vers une prise de conscience ou bien elle se met en retrait de son vide initial, notamment en utilisant des mots susceptibles de combler ce vide. En effet, être fasciné, se laisser absorber par un objet, c'est ne plus être sujet. Ce qui suppose qu'on l'a été et qu'il est possible de l'être à nouveau. La conscience a été absorbée, mais, dès lors qu'elle se sait absorbée, elle peut se retourner contre elle-même au sein de sa réalité active retrouvée. En tout cas, la fascination se révèle ainsi ambiguë parce qu'elle exprime trois manifestations contradictoires de la puissance du réel. D'abord, celle d'illusoires représentations de l'absolu (ou du sacré) qui imposent la solitaire séparation d'une idole. Ensuite celle de traces informes et statiques, comme c'est le cas dans une anamorphose ou pour un embryon figé ; ils traduisent le vertige de l'incomplet et du tronqué où chaque détail précis, opaque ou flou (comme une tache ou une traînée séduisante de couleurs) manque de référence, donc de sens. Et enfin la fascination est aussi l'expression d'un anéantissement de l'énergie vitale ; ce désastre subjugue en manifestant la puissance négative de l'impossible, celle qui fait le vide et qui fait disparaître les apparences pour aucune autre fin que celle de maintenir la seule présence d'un rien fascinant, c'est-à-dire la présence d'une absence en quelque sorte…