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3. Créer Ruth Sheridan. Pour enchanter Phillip Hammer, à qui elle donne des cours de français, Isée invente le personnage d'une jeune fille bien née, qui, à Boston, au 18° siècle, écrit à son fiancée...

Ajouter çà et là aux fragments qu’il m’envoyait des descriptions ou de brefs dialogues ne me posa pas grand problème. J’avais de toute façon la tête un peu ailleurs. Mars arrivait et avec lui, un changement de semestre. Une classe partait et une autre se constituait. Quitter des étudiants avec lesquels j’avais six mois durant noué des liens divers me coûtait toujours beaucoup mais j'allais en rencontrer d'autres et de nouveaux rapports se noueraient !

Cette fois-ci, je m’étais décidée pour un niveau intermédiaire. J’aurais donc en charge un niveau comprenant une quinzaine d’étudiants beaucoup plus démunis en français que ne l’étaient ceux que je quittais. Cela m'ennuya d'abord puis je vis les avantages d'un tel choix. J'avais déjà un bon bagage les concernant. A Ruth, Thomas et William, il me serait loisible de consacrer beaucoup de temps et ainsi, je contenterai Phillip !

Je me concentrai donc tout d’abord sur les lettres que la toute jeune Ruth avait écrites à son futur mari. Le puritanisme de la jeune fille y était certes perceptible mais elle montrait en même temps une nature joyeuse et spontanée.

Un de ses premiers messages disait en substance :

-«Mon cher Tomas, je me suis entretenue avec maman pour savoir quel tour donner à ma lettre et j’espère que rien dans celle-ci ne vous choquera. Voyez-vous, je suis née dans le quartier de Fenway et j’y vis toujours. J’adore la grande maison familiale où nous vivons et il n’est rien de tel pour moi que de voir papa s’enfermer dans son bureau pour préparer ses sermons. Vous ne pouvez imaginer quelle joie cela me donne ! Il a l’air si modeste quand tout est prêt. Je pense qu’il cache sa fierté ! Je sais que vous vivez depuis un certain temps dans le quartier de Beacon Hill. Je suis déjà allée dans votre quartier pour des promenades familiales et je l’ai beaucoup aimé. La famille est le lieu de toutes les naissances et de tous les succès. On me l’a beaucoup répété et mes frères, qui font de bonnes études, ont eux-aussi reçu ce message. Ils croient dur comme fer que la vie est souveraine et que Dieu nous aime et nous aide. J’ai parlé de mes fiançailles avec vous avec maman. Elle dit que je ne dois pas être trop impétueuse quand je vous écris ou simplement quand je parle de vous. Mais il y a un lutin en moi et il veut toujours rire ! C’est pourquoi, vous devez me contrer si je passe les bornes ! Je sais que vous êtes un homme patient et très éduqué. Vous saurez trouver les mots qui m’apaisent…Je veux que vous sachiez tout de moi. Mes parents m’ont donné une bonne éducation et m’ont préparé au mariage. Je peux être une jeune fille sage et parler de ce que j’ai vu et lu mais en même temps j’aime tant rire et chanter. Oui, j’aime chanter c’est pourquoi j’ai pris des cours à la maison. Oh, rassurez-vous, en société, je ne pousse pas la chansonnette facile. Maman ne le permet pas. Vous n’aurez jamais honte de moi car j’ai un petit répertoire tout plein de choses très sages. Mais moi, je suis gaie comme un pinson. Quand je vais à la cuisine et que nos deux servantes chantent et bien je les écoute d’abord et bientôt nous sommes trois ! Que voulez-vous, ces airs sont jolis et j’aime à les interpréter. Mais je m’arrête là car maman va me morigéner et vous, peut-être, ne trouverez pas mes côtés fantaisistes à votre goût ; Ce que je sens de vous, c’est que vous me conseillerez toujours avec douceur et bienveillance. Soyez-sûr que je suivrai vos conseils… »