jeune AMERICAIN

 

6. Zachary Jones. Courtisée par un jeune Américain à qui elle donne des cours, Isée, jeune enseignante, est fascinée par un autre...

Je dus me rendre à l’évidence : Faire des rêves érotiques où Phillip était très impliqué ne me valait pas grand-chose. Après ma rupture avec Paul, j’avais été comme anesthésiée. Je ne désirais personne et, de mon point de vue, personne ne me désirait. C’était parfait, sauf que maintenant, tout se délitait. Je ressentais une sorte de fébrilité, j’étais inquiète. En cours, tout allait à merveille si ce n’est que Zachary, mon étudiant américain, cherchait beaucoup mon regard…Je n’y accordai pas grande attention jusqu’à ce que je le rencontre dans mon quartier. Il n’y avait à cela rien de très surprenant puisque la Tour Eiffel aimantait les touristes mais je trouvai un peu singulier de le trouver seul. Il avait l’air d’un boute en train. Je parlai un peu avec lui et lâchai que je vivais dans ce quartier. Il me félicita pour mon choix ce qui me fit sourire puisque j’habitais ce studio par obligation…Je me buttai contre lui deux fois et la dernière, il me dit qu’il espérait me voir. Je compris tout de suite et me sentit gênée. Il n’y avait pourtant pas de quoi ; On avait quasiment le même âge et si j’évitais absolument de me trouver séduisante (une fois pour toute, j’avais décidé que je ne l’étais pas), lui, il l’était sacrément. Il était plus grand que Phillip et il avait une silhouette mince et élancé ; Avec cela un assez beau visage très plein avec une bouche sensuelle. Il ne se dégageait de lui aucune morgue, ce qui le rendait différent de celui que j’appelais désormais « mon client américain ». Au contraire, il y avait de la douceur en lui, une fraîcheur certaine et beaucoup d’attention à autrui. Il voulut prendre un verre. Avril se terminait et il faisait assez beau. Je ne sais plus de quoi nous parlâmes en terrasse mais nous nous sentîmes très joyeux. Il demanda ensuite, de façon très naturelle, si j’habitais loin du café. Non, j’étais à cinq cent mètres tout au plus. Je me sentais un peu grisée quand j’ouvris la porte de mon studio, et ce n’était certainement pas à cause de ce que j’avais bu puisque j’avais sagement bu de l’eau minérale. Mon lieu de vie, petit mais très coloré lui plut. Il me fit des avances. Je ne le repoussai pas. Il m’embrassa. Ses yeux bruns brillaient de contentement. Il avait l’haleine douce. De l’autre Américain, je ne lui parlai pas et j’eus rapidement l’intuition que ne serait pas toujours le cas…Je passai seule une soirée heureuse. J’avais un nouveau rendez-vous avec Hammer mais aucune consigne. Pourtant, il préparait quelque chose, mais quoi ? Comme souvent, je rêvais de lui avec impétuosité et finis par jouir en me caressant. J’avais un lien avec lui et je devinais bien qu’il n’était pas très sain mais que faire ? Rien ne me permettait de le soupçonner de quelque mauvais dessin à mon égard. Il me payait pour que lui raconte des histoires qu’il remaniait ensuite avec moi. Ce qu’il me demandait était inattendu mais il s’était toujours montré courtois. Il avait beaucoup d’exigences mais je retirai excitation et plaisir de cette aventure. La distance qui existait entre nous ne me permettait pas de connaître sa vie mais rien dans celle-ci ne me paraissait inquiétant. C’était un Américain nanti qui avait le sens des affaires et menait bien sa barque. Qui pouvait le critiquer de faire un échange d’appartement avec un ami pour avoir le loisir de mener quelques mois durant la vie parisienne ? Personne. Le rendez-vous approchant, je ne pus malgré tout cacher mon anxiété. Je fus, à mon travail aussi souriante que possible mais un de mes collègues me fit remarquer, comme je laissai s’échapper par inadvertance une tasse de café sur le sol de la cafétéria, que je ne passais par pour maladroite et que je devais être bien tendue pour commettre une pareille bévue. Heureusement, en cours, personne ne me fit de remarques.

La veille, quand le téléphone sonna chez moi, je fus persuadée que c’était Hammer qui était au bout du fil. Il allait me parler de notre entrevue du lendemain qui était sans thème. Je décrochai.

-Allô ? C’est Phillip ? Phillip Hammer ?

-Non, c’est Zacharie.

Il m’avait donné son numéro de portable, c’est vrai et j’avais le sien…Mais prise par ce rendez-vous qui me mettait dans tous mes états, je ne l’avais pas appelée depuis le baiser échangé.

-Ah, ça va ?

-Je suis en bas de chez toi. Je peux monter ?

-Ah non, non…

-Tu n’es pas seule ?

-Ah si !

-Je veux te dire quelque chose. Mais peut-être que tu attends…Comment déjà ? Hammer, Phillip Hammer…

-J’ai rendez-vous avec lui demain. Je lui donne des cours particuliers de français.

-Des cours ? Si c’est demain, tu as tout préparé. Je te connais : tu es très professionnelle…

Je soupirai. Je ne voulais pas me heurter à Zacharie. Il était aussi jeune que je pouvais l’être et sans malice. Qu’avais-je à tergiverser ?

-Ce qu’il me demande est difficile mais oui, c’est prêt. Allez, viens prendre un verre !

Je l’entendis rire au téléphone puis je descendis lui ouvrir. Une fois dans mon studio, il me prit dans ses bras. Je me dégageai gentiment pour lui servir une bière (il la préférait au vin, que celui-ci fût français ou autre) et pour ma part, je préparai un kir à la pêche. Il parla beaucoup, fit allusion à mon cours de ce matin, qu’il avait beaucoup aimé puis entreprit de me montrer, sur son portable, des photos du Montana. Comme il avait autant envie de m’embrasser que moi qu’il le fasse, le visionnement fut assez rapidement interrompu. Je me retrouvai allongée sur le canapé’ (qui, déplié, faisait office de lit), et il se mit sur moi. Toute la force de l’amour physique me revenait et avec elle, celle du désir de l’autre. Zacharie était bien fait et sa peau était unie et douce. Il embrassait bien et tout en lui me plaisait beaucoup…Les préliminaires furent délicieux et ils durèrent jusqu’à ce mon téléphone ne sonne. Je fus certaine que c’était Phillip, cette fois. Laisser sonner ou éteindre mon portable aurait été discourtois. Me redressant, je me saisis de l’appareil et le portai à mon oreille.

-Phillip Hammer à l’appareil.

-Bonsoir.

-Tout est maintenant pour demain et je vous recevrai comme convenu. Toutefois, j’ai quelques scrupules. Ce que je vais vous demander est difficile et je vous demande de me faire confiance.

Je marquai un temps d’arrêt qui le décontenança. Il crut peut-être que ce qu’il avait dit en français n’était pas clair et il le répéta en anglais, ce qui me fit changer de langue moi-aussi. Zacharie, qui me caressait le dos et attendait la fin de la communication, parut intrigué et se redressa.

Je dis à Hammer que je lui accordais ma confiance. Il parut dubitatif au bout du fil et insista encore. Puis devant mon aplomb, il me souhaita une bonne soirée. Je me sentis mal quand la communication s’interrompit. Malicieux, Zacharie me prit dans ses bras.

-Hammer ?

-Oui.

-Pour demain ?

-Oui.

-Il est Anglais ?

-Américain.

-Quel genre ?

-Le genre qui a de l’argent. Il passe plusieurs mois à Paris…

-Moi-aussi !

Je ne pus m’empêcher de rire mais je poursuivis en français puis en anglais car il fronçait les sourcils.

-Les gens qui demandent des cours particuliers sont souvent exigeants et un peu capricieux. Ils comprennent mal qu’un petit détail cloche. Il faut que tout soit parfait. La dernière fois, il n’était pas de très bonne humeur et j’ai été mal à l’aise.

-D’où la demande de confiance…

-Oui, si tu veux…

-Tu vas faire l’amour avec un Américain très gentil avec toi. Demain, tu te sentiras très forte…

Évidemment, c’était un programme très convaincant. C’était ma première fois avec lui mais ce fut tendre et doux et en effet, quand vers minuit il s’en alla, je me sentais ragaillardie…