DOREE

Isée s'est séparée de Paul et Vincent, le jeune compagnon de Phillip, est récalcitrant avec lui. Pourquoi ne pas échanger les rôles et tenter que chacun retrouve l'harmonie? 

-Imaginez qu’au fond de vous, vous appelez Paul. Vous voulez l’ignorer car cela vous dérange trop mais au plus profond de vous-même, vous l’appelez parce que vous vous êtes aimés. Enfin, un jour, vous acceptez l’évidence. Il vous faut donc le contacter. Vous ne pouvez pas vous risquer à l’appeler. Il vous reste donc lui écrire. Il a bien vu que vous n’étiez pas une méchante personne. Son adresse virtuelle est la même. Mais vous butez alors sur vos complexes, votre négativité. Vous êtes en position de faiblesse et de ce fait, il ne vous lira pas ou s’il le fait, il sera négligent. Il sera sûr que de toute façon, vous serez dans vos automatismes et il ne vous laissera pas votre chance . Il ne le fera que si vous l’intriguez.

-C’est une histoire terminée.

-Dites-vous bien que non. C’est une question d’angle d’attaque. Vous le surprenez et il va se poser des questions. Vous me dites qu’il est seul alors qu’il a eu une vie de couple avec vous. Six ans, ce n’est pas rien ! Nécessairement, il va s’interroger.

-Je ne peux pas être différente de ce que je suis.

-Moi, je peux être votre différence.

-Quoi !

-Vous allez me fournir toutes sortes d’informations sur lui. Je vais les lire avec attention. Vous me donnerez des photos aussi…

-Et vous le contacterez ?

-En étant vous.

Je l’ai regardé comme s’il était fou.

-Vous vous ferez passer pour moi ?

-Oui. Je suis très capable de faire cela.

-Dans quel but ?

-Qu’il revienne vers vous.

-Mais je ne le veux pas !

-Vous êtes sûre ?

J’avais les larmes aux yeux. D’un signe de tête il m’a indiqué les photos de son jeune amant. Je les ai regardées de nouveau. Il avait une belle nonchalance, ce mince jeune homme aux yeux clairs. Ses cheveux très fins étaient d’un blond très clair. Un blond de bébé…

-Je vais donner un gros dossier sur lui. Vous regarderez bien tout. Vous allez contacter en étant moi. Votre ton sera différent. Vous êtes suffisamment psychologue et adroite pour bien vous en sortir. De courts messages, des photos…Je vous guiderai.

-Impossible.

-Possible.

-Vous allez me payer cher pour faire cela ?

-Si vous voulez, on peut débattre d’une somme. Je suis quelqu’un de généreux.

J’en restais abasourdie.

-Vous allez en tant qu’homme qui se fait passer pour moi, une femme, courtiser mon ancien amour avec pour objectif de me le ramener.

-C’est exact.

-Et je vais moi, faire revenir à de plus doux sentiments ce jeune homme qui vous bat froid, et ceci en me faisant passer pour vous. Et il ne se rendra compte de rien ?

-Non.

-On ne peut pas en revenir à Louise ou à Ruth ?

-Nous sommes toujours avec elles. Vous allez vous appuyer sur ces femmes…Elles aiment, elles sont fortes, elles souffrent bien sûr...

-Pourtant, je devrais parler en tant qu’homme…

-Oui. Et moi, en tant que femme.

-Et tout ira bien ?

-Je le pense.

C’était à n’y rien comprendre et je sentais autour de nous les anneaux concentriques de la folie nous enserrer. J’avais la gorge sèche et les joues brûlantes et je m’étais jamais autant sentie à côté de moi-même. Il m’a servi un cognac qui m’a fait tousser violemment puis de l’eau car j’en avais besoin. Je me suis débattue, ai longuement refusé puis ai fini par sortir mon portable. Il restait une photo de Paul, une seule dans mes archives. Il avait un air bonhomme sur cette photo.

Je suis rentrée chez moi avec le dossier qu’il m’avait confié. Il était tard mais j’ai commencé à faire connaissance avec Vincent Johnson.