BIEARRE

 

2 Deux ou trois choses à savoir sur eux.

Pour mieux les comprendre et entrer dans certains jeux, Isée, jeune française un peu naïve, s'informe sur Vincent, le jeune compagnon de Phillip Hammer, un Américain qui la fascine

Il était originaire de Cortland, petite ville de l’état de New York qui ne lui avait vraiment laissé un souvenir mémorable. Il y avait été un écolier qui ne brillait ni par ses succès scolaires ni par une grande carrière de cancre. Un parcours ni bon ni mauvais. Le genre qu’on oublie vite. Il avait suivi son père dans le Queens mais à l’âge de dix-huit-ans, il était déjà à Manhattan, toujours dépendant de son unique parent vivant mais partageant un appartement avec deux autres étudiants. Il s’était débrouillé avec l’argent paternel avant de trouver des petits boulots puis de s’accrocher à la musique…

Il n’y avait rien à dire, le dossier que m’avait donné Hammer était, pour peu qu’on y consacrât du temps, si riche en renseignements sur le jeune musicien qu’en effet, l’approche peu conventionnelle qu’il me demandait de faire de lui était possible. Je disposais du nom des écoles primaires et du lycée où il avait été inscrit à Cortland et bien sûr des années où il s’était trouvé là. Et bien sûr, j’avais à ma disposition toutes sortes de petits détails sur cette période. Le genre qui fait crédible dans un échange…

J’avais le nom de l’école de musique où il avait étudié et des photos. Dans certains mails que Phillip avait regroupés pour moi, il évoquait sa formation. Il nommait certains de ses professeurs et parlait de ses amis d’ailleurs. Ses apparitions publiques, toutes modestes au départ, faisaient l’objet d’une présentation minutieuse. Encore mineur, il s’était produit dans deux groupes qui s’étaient vite dissous puis, lentement mais sûrement, il avait trouvé les bonnes personnes. Depuis trois ans environ, il jouait avec quatre autres coéquipiers. Ils se produisaient dans les salles new-yorkaises les plus réputées et attiraient de plus en plus de monde. Ils pratiquaient un jazz éclectique qui, à priori, plaisait. Je passai presque autant de temps à regarder les images d’un garçonnet tout blond qui rayonnait auprès de sa mère qu’à m’interroger sur celles d’un pré-adolescent mal dans sa peau que son père contrôlait mal. Je m’attardai sur les images d’un trompettiste encore très jeune puis sur celles d’un artiste qui paraissait plus aguerri. Il était assez grand et mince. Et il avait un assez beau visage…Je plongeai…