DANSEUR ET OMBRE

 

Faire semblant d'être l'autre pour séduire celui qui s'écarte...Isée joue le rôle de Phillip...

Le gros problème pour moi était de faire parvenir à mon « étudiant » une quantité de renseignements équivalents à ceux que j’avais reçus. Or, en six ans de vie commune, Paul et moi avions vécu en symbiose, nous séparant peu. De temps en temps, l’un de nous faisait un stage et alors nous échangions par mails ou téléphone mais cela représentait peu de papiers et aucun enregistrement. Il existait bien des photos de nous en famille ou tous les deux mais aucune n’était intime. J’avais fait quelques jolis portraits de lui mais ils restaient très sages et il allait de même pour les photos qu’il avait prises de moi en vacances ou dans notre appartement. Nous avions bien eu une histoire mais elle était feutrée et ne laissait que peu de traces. J’envoyais cependant à Phillip une série de photographies, des notes que j’avais prises sur Paul à divers moments de notre relation ainsi que quelques poèmes que j’avais rédigées. J’adjoignis à mon « dossier » quelques historiques de conversation, la liste des cadeaux que nous nous étions faits, celle des livres que nous lus chacun de notre côté et lui fit part de nos opinions souvent divergentes. Je fis de même pour les films ou les séries télé. A sa demande, je précisai le style vestimentaire de mon ancien compagnon et ceci de façon exhaustive (jusqu’aux sous- vêtements, pour être plus claire) ainsi que ses goûts en matière de parfum. Je lui donnai les adresses des boutiques qu’il aimait tant que nous nous connaissions et lui mentionnai les lieux où il aimait flâner. Enfin, malgré mes réticentes, je répondis à ses questions sur ma vie sexuelle avec Paul. Elle avait été très classique, en somme, ni lui ni moi n’étant de grands novateurs en la matière. Phillip s’abstint tout de même d’aller plus loin mais l’aurait-il fait, il disposait d’un si grand pouvoir sur moi que j’aurais répondu par l’affirmative. Il ne souhaita pas cependant connaître la fréquence de mes orgasmes et surtout leur pauvreté.

Je m’attendais à ce qu’il fit sur mes envois des remarques peu amènes mais il se montra compréhensif. Ce que je lui livrais n’était pas énorme, c’est vrai, mais il pouvait en tirer un premier portrait de Paul. Pour ma part, j’eus envie de lui répondre que tout ce qu’il permettait de connaître de Vincent me permettait d’en dresser plusieurs mais je me retins. L’exercice s’avérait très difficile à conduire. La prudence était de mise.

Zacharie me vit plusieurs fois à l’extérieur et dans l’intimité. Qu’il me serre dans ses bras comme il le faisait me procurait une intense satisfaction. Il était franc et droit. Même sa sexualité, très généreuse, était sans détour. Je me bénissais de lui avoir plu en cette étrange période…