HOMME JEUUUUUUUUNE

Isée devient Phillip qui parle à son amant lointain à travers elle...

Je retrouvai Hammer chez lui, dans son intérieur de plus en plus réaménagé, et nous parlâmes peu. J’avais deux scénarios en main : le premier supposait que Vincent serait absent quand je me connecterai, le second, qu’il était en ligne. On était un lundi. Il était dix-neuf heures à Paris et treize à New York. J’escomptais ne laisser qu’un bref message mais horaire et jours rendaient très plausibles que Vincent fût chez lui…Hammer monta au créneau.

-Connectez-vous. Et écrivez en anglais. Je sais que vous en êtes capable.

Je le fis avec son adresse et je lançai sur l’écran un salut que j’espérais voir sans réponse. Ce ne fut pas le cas, malheureusement…

-Phillip ?

-Bonjour Vincent.

-Phillip, mais ça fait longtemps ! Tu ne réponds jamais à mes messages. C’est pour ça que je t’ai plus contacté.

Skype. Il était devant son écran. Ma gorge se nouait.

- Où en es-tu ?

-Beaucoup de concerts. Ça marche bien, tu sais. Et toi, Paris ?

-Je travaille beaucoup moins. J’écris un petit roman sur un faussaire en peinture et sinon, je vais au spectacle…

-Un roman ?

-Oui. J’aime écrire.

-Je sais cela.

-Il faut qu’on parle vraiment. Tu te sens prêt ?

-Quand reviens-tu à New York ? Tu es parti depuis longtemps maintenant. Je n’aime pas savoir ton appartement fermé et…

-Un ami est dedans. Réponds. On parle ?

Je sentis une hésitation. Manifestement, le beau jeune homme pesait le pour et le contre. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’il ne reprenne la plume.

-Quoi ? C’est un ultimatum ?

Hammer me fit un signe de la main. Le texte que j’avais sous les yeux était trop sec. Il fallait temporiser. J’écrivis aussitôt :

-Cette situation me met en souffrance.

Il me fit un signe de tête positif. Vincent réagit immédiatement.

-Mais moi aussi, elle me fait souffrir ! Enfin quoi, tu es parti !

Froncements de sourcils, doigt pointé sur cette ligne du texte. Mécontentement.

-Il fallait te laisser prendre tes décisions.

Nouveau silence puis reprise sur un rythme plus bousculé.

-Cette fille, bien sûr ! Tu as pris ça de plein fouet ! Elle est belle et c'est mon droit, d'accord ! Mais toi, tu es…tu es tellement adulte…Comme si, comme si ça se passait pas comme ça…On n’a pas les mêmes schémas…Enfin, tu …Mais…

Il n’avait pas pu s’empêcher. Il écrivait à ma place ! Bel Hammer au profil dur et buté…

-Vincent…

-A-DUL-TE. Ne prends pas ça pour un compliment.

-Je ne cherche pas les compliments.

-Oh que si ! « Je veux que tu me répondes ; Vincent, oh Vincent, oui, Vincent,réponds-moiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Nous serons si heureux enseeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeemble ! »

-Tu es dans ton état normal ?

-Selon mes normes, oui.

-Alcool ?

-Tu sais bien. C’est de ta faute, tu es parti…

Il venait de se redresser, Phillip mais je ne le sentais pas vraiment atteint. La conversation ne s’arrêtait pas. C’était sur cela qu’il comptait… Il s’était mis de nouveau dernière moi et me laissai reprendre les rênes.

-C’était salutaire.

-Ah ah, salutaire ! Et tu sais quoi, elle me fait la tête, elle m'évite.. Tu as peur, petit garçon ? Toi, elle ! Pourquoi à la fin ?

-Vincent, le fait que je reste silencieux ne signifie pas que je ne suis pas soucieux de toi.

-Je t’aime. Reviens. « Et je serai gentil comme je sais l’être avec toi qui es si A-DUL-TE ! ». Plus de Kate ! Je le juuuuuuuuuuuuuure...