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Isée s'est liée à l'Américain Phillip Hammer à qui elle a donné des cours de français. Celui-ci pense qu'elle devrait séduire de nouveau le jeune homme dont elle est séparée...

Son travail auprès de Paul s’avérait très fructueux car celui-ci voulait me voir. Je ne pouvais que relever le défi et sur les conseils de Phillip, j’allai le coiffeur. Mes cheveux furent coupés plus court et ils furent méchés de blond. Entre outre, de façon fort surprenante, mon Américain m’offrit deux robes ; l’une, mi- longue, avait de fines bretelles et un décolleté en v qui mettait en valeur ma poitrine menue. Cettre première tenue était toute fleurie, avec une dominante de rouge. L’autre, plus chic, était plus courte. C’était une robe bustier noire, très bien coupée, avec une jupe évasée. Je n’en revins pas !

-Des robes ! Vous m’habillez !

-Je vous offre deux robes, c’est différent.

Il me conseilla pour les accessoires : chaussures, bijoux fantaisie et suggéra un parfum frais, pas trop corsé.

-Je suis une jeune fille pour vous ?

-Une jeune femme. Chanel. Coco Mademoiselle ou un Guerlain. L’heure bleue serait bien.

-Je n’ai ni l’autre.

-Ce n’est pas un problème cela. Il faudra revoir les chaussures pour la robe noire. Celles que vous m’avez montrées ne vont pas. Il faut des talons plus hauts…

-Mais enfin…

-Mais je sais cela ! Je vois ce qui vous va. Par exemple, pour la robe noire, il faut des pendants en diamant…

-Phillip…

-Je vous les trouverai.

Le rendez-vous était à la Défense, non loin de son nouvel appartement. J’allais donc revoir Paul Wagner…Il avait choisi un café pour bobos au décor si dépouillé que c’en était caricatural. J’en ressentis un malaise qui alla s‘intensifiant quand je vis à quel point il semblait ravie de me voir. D’emblée, il me trouva très en beauté et me remercia pour cette période « totalement inattendue mais très bénéfique » où il avait renoué avec moi. Ce n’était pas inespéré. C’est lui qui avait été stupide. Quand il voyait la femme que j’étais maintenant ! Hammer avait magnifiquement travaillé : pour Paul, j’étais devenue « exquise ». Il se montra aussi enthousiaste quand il m’invita à dîner quatre jours après. Malheureusement pour lui, la magie qu’avaient déclenchée nos changements de rôle s’était éteinte. Si j’avais apprécié en fin de compte que l’Américain se substitue à moi, Paul retrouvé en chair et en os ne déclenchait chez moi aucune émotion. Cette histoire était finie…Il me suffit de me retrouver face à lui pour le comprendre. Au restaurant, ce fut flagrant. Il avait mis un beau costume noir, ma robe lui plaisait beaucoup et ce qu’il appelait « mes pendants d’oreille » aussi. C’était vraiment de diamants, un prêt de Phillip…Le cadre, cette fois, était très joli, vieille France mais de très bon goût, le service était parfait et Paul rasé de près et au meilleur de sa force parlait actualité, cinéma et vacances, évitant les lancinants sujets de sa surcharge de travail et de son statut de cadre…Il me souriait et de façon toute directe, me trouvais charmante. La suite logique eut été que je le rejoigne chez lui sachant que la découverte de son nouveau domicile était une invitation appuyée à une rapide reprise de vie commune. Mais tout ce que j’avais adoré chez Paul avait disparu. Je ne lui voulais aucun mal. Je ne le désirais plus. Ce que j’avais désiré, c’est que Phillip prenne les choses en main. Il l’avait fait et ma position, de fait, était bizarre. En effet, j’avais été, par plumes interposées, très lyrique…Mon refus d’aller « boire un verre » chez lui après le somptueux dîner le surprit et c’est à regret qu’il me vit prendre le taxi. Les bras de Zacharie me manquaient et il y avait plus que cela. Tout ce qu’il était relevait maintenant d’une terrible urgence. Je voulais son corps autant que sa bouche et sa jolie façon de parler français autant que son regard vif et tendre. Il me trouvait « rêveuse » ces derniers temps et je tins à la rassurer par mél dès que je fus rentrée. Malgré son prochain départ (l’été filait), je tenais à lui. Le lui avouer n’était pas stupide car lui disait les choses simplement…

A Paul, j’écrivis que je m’étais méprise. Rien n’était plus possible. Il me traita de garce, terme qui me ravit ! Pourquoi pas après tout. Au long de notre longue liaison, c’est plutôt lui qui, à cause de son addiction au travail, m’en avait fait voir…Alors, Garce, ça n’était pas si mal.