HOMMMMMME

 

Cette fois, c'en est fini du séjour de Phillip Hammer en France. Isée est bouleversée...

Je voulus rendre les diamants à Phillip et lui demandai si je devais lui restituer les robes. Mon attitude l’amusa. Il ne voulait rien. Je suis suffoquée.

-Pourquoi ?

-Un présent.

Il enchaîna :

-Ah ! Vous laissez Paul ?

-Et vous avez travaillé pour rien ...

-Je n’ai pas dit ça.

-Paul est trop ennuyeux et j’ai changé.

-C’est mieux mais il ne faut pas revenir en arrière.

-Non, ma décision est prise.

Je lui parlai de Zacharie.

-Le Montana ! C'est un peu perdu, vous savez...

-Il est originaire de Billings.

-Vous voulez y aller ?

-Il ne m’invite pas.

Il eut rire frais.

-Oh, c’est juste qu’il ne l’a pas encore dit. Des vacances à Billings. C’est une façon comme une autre d'aller en Amérique...

-Vincent n’est pas du Montana , c'est vrai.

Son regard se fit plus froid.

-Isée, avec lui, j'ai l'amour et les blessures de l'amour. Et c'est bien !

Les semaines filèrent de nouveau et Zacharie s’apprêta à rentrer. Il voulait que je vienne. Je voyais s’ouvrir là un bel épisode romantique et tout mon être se dilatait à la pensée de ce voyage. Dans le même temps, cependant, je poursuivais mes dialogues avec le beau trompettiste en essayant de me dire que, quelques temps encore, je le séduirais…

Le fait d’entendre Hammer me dire que les comptes étaient justes me fit très mal. Je pensais ne pas pleurer mais le fit. Il fut sobre et bienveillant.

-Voilà, mon séjour en France est fini. Je quitte Paris. Vous êtes triste ? Il ne faut pas. Vous avez été magnifique, vraiment.

-Ce Vincent, il continue pourtant de vous envoyer des « choses »stridentes, inconvenantes…Il vous insulte parfois…

-Et je l’insulte aussi…Et bien sûr, l’instant d’après, je me bénis de le connaître et l’encense…Vous savez tout cela, vous qui, tant de fois, avez été à ma place, à ma demande. A de multiples reprises, quand j’ai lu la façon dont vous l’aviez abordé, je me suis dit que je n’aurais pas pu faire mieux. Vous avez été impeccable. C’est ça, hein ? Les français aiment dire « impeccable » !

-Ces temps-là sont finis. -Vous rentrez à New York, alors…

-Il le faut…

-Lui.

-Lui. Mon travail aussi.

-Zacharie part, vous partez…

Je pleurais. Il m’importait plus que le jeune homme du Montana. Ne pouvait-il rester ?

-Alors, vous reprenez la main ?

-Ce que je vais lui dire puisque je rentre, vous n’avez pas à le savoir et vous ne l’auriez peut-être pas inventé. Et même si c’était le cas, ça n’aurait pas de poids. Maintenant, je suis face à lui et lui face à moi.

-Et c’est tout ?

Je me trahissais. Je ne parlais pas de ce que je ressentais pour lui, perdue que j'étais dans les autres mais mon corps crispé et tendu parlait pour moi.

Il soupira.

-Ce que vous avez fait a renforcé mes liens avec lui. En toute honnêteté, j’espérais faire la même chose entre Paul et vous. Mais vous, vous avez fait le chemin contraire : vous vous êtes détachée de votre ancien compagnon comme si mon travail était un révélateur pour vous. Il mordait à de belles paroles, mais vous, au fond de vous-même, vous ne vouliez plus de lui…

Comme souvent quand nos discussions étaient longues ou complexes, il ne parlait plus qu’anglais et ses mots me parvenaient comme en décalé, puisque je devais très vite les traduire. Je restais passive un moment puis il y eut comme une onde de choc : je venais de comprendre que tout s’arrêtait. Je me raidis et je mis ma main sur ma bouche car je voulais crier…Il s’avança vers moi et me prit dans ses bras. Alors, je criai vraiment.