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Liée de façon ambigue à l'Américain Phillip Hammer, la jeune Isée compense son manque d'expérience amoureuse par de nombreuses aventures masculines...

Était-ce suffisant pour Phillip ? Oui, si je donnais ma mesure. Je le fis. J’avais lu quelque part que les hommes, quels qu’ils soient, fantasment beaucoup sur les attouchements dans le noir et la sexualité illicite. Et je ne parle pas de la masturbation féminine. Curieusement, mon bel Américain gay ne semblait pas différents des autres sur ce plan et il se délecta des détails que je donnais, insistant pour que je réécrive certains passages et les rendent plus crus. Il regretta l’absence de photos. Il aurait voulu me voir dans la salle aux prises avec ce type puis au lit avec lui. Et naturellement, le fait que je puisse me procurer à moi-même un plaisir aussi intense l’enthousiasma. Repris de nombreuses fois, mon texte lui plut vraiment. Il en aima la forme et le fait que je présente mes réticences comme des faiblesses. Il aurait aimé que je revoie cet être apparemment si porté sur le sexe et dont le langage cru m’avait, à plusieurs reprises, mis très mal à l’aise. Je dus insister sur la maigreur de cet homme et sur sa laideur. Sa peau have plus que blanche, sa poitrine creuse constellée de poils noirs étaient aussi décourageantes que ses fesses tombantes et les ongles sales de ses pieds. Il abdiqua sur ce point mais me complimenta.

Il en était à ses dires le seul lecteur et je n’imaginai pas qu’il pût en être autrement. Notre relation privilégiée, que j’avais crue perdue, renaissait donc bien de ses cendres.

Les mots « Exposition, promeneur, fuite discrète » furent avancés et ils le laissèrent dubitatif. Il préféra utiliser le terme « faux-fuyant », plus littéraire et élégant. J’avais donc un nouveau projet en tête. Une nouvelle année scolaire s’ouvrait et je souhaitais que ces aventures l’illuminent. Parallèlement, bien sûr, Zacharie et moi échangions beaucoup et je ne désespérais pas de le revoir.

Un mois passa. Au Grand-Palais, m’étant rendue à un hommage aux Cubistes, je rencontrai un Allemand avec lequel je passai la nuit. Il s’appelait Christian, comme le médecin qui ne pouvait m’emmener à son hôtel et bien sûr cela me fit sourire. Il était en crise de couple, était venu à Paris « pour respirer » et avait envie de femmes. Il aimait les Françaises. Il commença à m’expliquer que j’étais la cinquième qu’il rencontrait en très peu de temps, se sentit maladroit et ne sut que faire. S’enlacer et faire l’amour s’avéraient le meilleur remède à ses interrogations, selon moi et c’est ce que nous fîmes. Ce fut tendre et plutôt bien sans être tonitruant comme avec le précédent dont le prénom, Jean-Albert, était déjà tout un programme…A l’aube, il prétexta qu’il devait juste descendre pour chercher du liquide avec sa carte bancaire. C’était plausible mais il ne revint pas. De guerre lasse, je quittai l’hôtel et lui laissai un mot gentil. En soi, c’était une aventure plutôt triste mais je la transformai en histoire douce-amère. Cet homme, en me quittant ainsi, me rendait dépositaire d’une tristesse que j’étais seule à pouvoir décrire dans toute son opacité. Je rédigeai donc un texte mélancolique où deux êtres qui, de façon diffuse, se comprenaient, ne se rencontraient pas vraiment. Je mis du temps à le parfaire et à le lui envoyer. Il le toucha. Il trouva « intéressante » ma nuit avec Christian Hoffman, un homme qui manifestement avait peur de son futur et qui ne savait pas trop quoi faire de la tendresse qu’il avait à donner, ne pouvait être qu’attachant. La description que je faisais de cet Allemand en faisait un grand homme blond au physique athlétique et à l’assez beau visage inquiet. Il comprenait que je n’aie pu le revoir, sa dérobade rendant toute tentative de second rendez-vous impossible mais il le regrettait. Suivant sa théorie, les hommes tristes font de bons amants pour les femmes peut-être parce qu’ils croient leur sexualité perdue. Ils veulent donner un plaisir fort à celle qui est dans leur lit, comme si l’expérience n’allait pas se reproduire. J’appréciai ce qu’il m’écrivit sans confirmer ou infirmer ce qu’il disait. Je n’avais jamais rencontré d’hommes aussi désemparés que Christian. Peut-être plus tard, en ayant rencontré un autre, saurais-je quoi lui dire pour qu’il ne parte pas à l’aube « chercher du liquide. »