ANDRE BRASILIER

Quand demandai-je au trompettiste de m'emmener danser ? Il ne se le fit pas dire deux fois et m'emmena dans la dixième avenue au Marquee où tout le monde dansait jusqu'à l'aube. Même en semaine, il y avait plein de monde. Il était très à l'aise, blond, mince et beau comme il était et après avoir longtemps dansé avec lui, je le perdis de vue. Je le retrouvai avec une brune canon qui riait beaucoup avec lui. Il me la présenta. Elle s'appelait Kate et était soliste dans un groupe de rock qui, lui-aussi, se produisait dans des boites à la mode, mais pas les mêmes.

-Kate et moi nous connaissons depuis pas mal de temps. On s'était un peu perdus de vue mais on se retrouve ce soir avec plaisir !

C'était le moins qu'on puisse dire. Ils venaient de s'embrasser et s'apprêtaient à recommencer. Je me maudis de ne pas avoir le joli visage mutin de Kate, sa silhouette mince et très gracieuse et je m'en voulus aussi de ne pas porter comme elle une jupe très courte et un bustier pailleté. Elle portait de longues boucles d'oreille très voyantes et des talons hauts qui me laissaient confiante dans l'équilibre qu'elle savait garder. Avec cela, elle était très fraîche. Je bouillais intérieurement. Ils n'avaient vraiment pas l'air d'être restés longtemps sans se voir et encore moins de s'être brouillés. D'où sortait la phrase de Phillip sur le fait que cette fille en avait eu assez du jeune musicien puisqu'il ne voyait que par son amant? Cette fois-là, j'eus vraiment le sentiment de terminer la soirée seule...

Quand demandai-je à aller dans un bar gay? Phillip déclina immédiatement ma proposition mais Vincent releva le défi. Il me conduisit au Boxer, dans la trente septième. Il était déjà une heure du matin. Vêtu de noir, il portait un bracelet de force à son poignet droit. Il était très attirant, à la fois timide (il baissait un peu la tête et ne regardait pas dans les yeux) et provoquant (son jean et t-shirt noir étaient moulants et il portait son blouson de cuir comme un uniforme). Il connaissait pas mal de monde ici et on lui touchait facilement l'épaule ou le bras. Il était chez lui, qu'il prît un verre, qu'il dansât ou qu'il discutât. Le voir danser avec d'autres hommes provoqua en moi une joie intense et de l'excitation. Je restai pourtant sagement à ma place car si personne ne me disait rien, c'est parce qu'il y avait mis les formes en me présentant comme une amie Française qu'il accueillait et ne voulait pas laisser seule ce soir-là. Je le regardai donc évoluer et quand quelqu'un l'embrassa, je ne baissai pas les yeux. Lui, de toute façon, il rayonnait et discrètement, je crois, il s'amusait de moi. Quand avais-je vu des barmen torses nus, jeunes et aussi sexy ? Et quand avais-je côtoyé ceux qui venaient ici : les couples déjà formés et les célibataires en quête de bonne fortune, tous très séduisants et très à la mode? J'étais naïve quand je croyais découvrir un univers différent du mien où je me sentirais bien car celui-ci existait depuis longtemps et personne ne m'y avait attendu...