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5. Fin de partie.

Deux ans plus tard, le temps avait fait son œuvre : j'étais apaisée. Mariée à Zacharie, je vivais à Billings où je donnais des cours de français et animais des ateliers d'écriture. Ma vie d'avant me paraissait lointaine : j'avais vécu dans une grande ville, enseigné dans une école de langue à la mode et vu beaucoup de monde. Je regrettais un peu l'indépendance qui avait été la mienne et la possibilité que j'avais eue de ne faire que ce que je voulais, mais en même temps, vivre en couple m'obligeait à une rigueur matérielle, amoureuse et émotionnelle qui m'avait beaucoup fait défaut. Je ne pouvais que m'en féliciter. Je mentirais en affirmant que mes blessures s'étaient cautérisées et il m'arrivait de penser à ma vie avec Paul ainsi qu'à min étrange aventure avec ces deux êtres si retors. Loin d'eux, de toute façon, je ne pouvais rien faire. J'avais une famille et des amis qui avait profité de mon installation aux USA pour me rendre visite mais Paris me manquait et je ne résistai pas à une invitation familiale d'une quinzaine de jours. J'avais dans l'idée qu'ensuite, ce serait plus difficile. Zacharie voulait des enfants, et moi-aussi finalement. Je partis donc en France et décidai de m'arrêter à New York au retour. C'était une ville extraordinaire et j’espérais que mon mari m'y rejoindrait. Il fut tenté de le faire puis, pour des raisons multiples, il déclina.

A Paris, je sortis seule ou en compagnie sans aucune arrière-pensée. Mes parents et mes frères m'entouraient certes beaucoup mais depuis mon départ pour l'Amérique, ils me voyaient je ne sais pourquoi comme une personne censée et digne d'un grand intérêt. Si je voulais passer du temps en leur compagnie, ils étaient ravis mais ils comprenaient que je veuille voir mes amis ou être seule. Et ce jour-là, je l'étais....

Je tiens à préciser que je n'avais aucune appréhension ce matin-là et que tout ce qui se passa me surprit. je sortais du Louvre où je venais de passer deux heures à revoir des tableaux que j'aimais quand je heurtai quelqu'un qui devait être perdu dans ses pensées . C'était Phillip Hammer. Nous nous écartâmes rapidement l'un de l'autre, à la fois suffoqués et surpris.

-Vous êtes donc en France !

-J'y viens de temps à autre.

Nous nous observâmes un moment puis il s'avança vers moi et m'invita à prendre un verre. Il avait choisi un endroit un peu à l'écart où nous pourrions parler. Je le trouvais très direct.

-C'est un hasard extraordinaire, n'est-ce pas ?

-Oui, en effet.

-Alors, il est temps de parler !

Je n'étais pas spécialement mal à l'aise, trouvant cette situation irréelle et je me contentai de hocher la tête. Hammer me servit un discours très construit :

-Ce que nous avons vécu ensemble a été très intense et la fin de cette histoire a été brutale, je le reconnais. Vous avez dû en être blessée mais là, vous êtes radieuse et bien plus jolie...

Comme je ne disais rien, il poursuivit :

-Vous aurez du mal à le croire mais j'ai été marquée par vous. Cette équipe que nous avons formé, vraiment...Au bout de quelques temps, ce type de complicité m'a manqué et j'ai cherché une autre personne. Oui, Je vous ai remplacée mais ça n'a pas pu durer. C'était une Française qui tentait de s'installer à New York, comme tant d'autres. Elle était aussi dévouée que vous mais moins bonne conteuse. Je m'en suis contentée un temps puis je me suis écartée d'elle. Comme vous, elle s'intéressait beaucoup à moi et à Vincent mais psychologiquement, elle n'était pas si solide. Bref, elle a commencé à faire des histoires et j'ai dû couper court. Vous avez été bien plus forte qu'elle.