SURREALISTE

Mesurant la distance qui désormais me séparait de lui, je ne lui objectai rien et pensai que concernant la nouvelle candidate, j'avais vu juste. Il y avait bien eu une autre proie...

Je lui demandai où était Vincent.

-A New York. Il a enregistré deux disques avec son groupe. On est toujours liés mais là, il est amoureux d'une fille et la voit beaucoup. Il voudrait qu'elle soit enceinte. Elle sait pour moi et au fond, je pense qu'elle pourrait être d'accord.

Évitant tout commentaire sur ce qu'il venait de dire, je lui dis que j'avais lu son petit roman, celui qui parlait d'un faussaire.

-Ah, vous l'avez trouvé ! C'est une petite chose. Moi, je suis un homme qui aime vendre des tableaux, encourager de jeunes artistes et aller les débusquer. Je suis bon pour les ventes. Écrire demande trop de solitude. Mais et où, cette école de langue, toujours ? Enseignante sage et appréciée..

-Je suis allée plusieurs fois dans le Montana pour voir Zacharie et j'en suis tombée amoureuse. Je me suis mariée avec lui et je vis à Billings. Ça fait de moi une Américaine...

-Oh vraiment ?

-Je fais pas mal de choses dont des cours de français mais pour ce qui est de Paris, je ne fais qu'y passer des vacances...Je mentirais en disant que c'est toujours facile car il y a un grand écart de mentalité et de mode de vie mais je suis heureuse.

Il s'abstint de tout commentaire sur ce que je venais de dire et il me regarda autrement. Il semblait prendre la mesure d'une solidité nouvelle. J'ajoutai que je rentrerais bientôt mais passerai quelques jours à New York. Avant le Montana, un tel gigantisme...

Il s'enquit de ma date de retour. Il rentrait après moi et parut déçu.

-En ce cas, vous pourriez voir Vincent...

-Le voir ?

-Oui, je sais, je vous ai chassée assez durement mais vous étiez partie prenante pour un jeu à trois aux règles strictes, non ? Qui dépassait ses droits sortait...

-J'ai des souvenirs très nets. Je suis sortie, oui...

-Mais vous vous souvenez aussi d'avoir été partie prenante...

-Oui.

Après un temps de silence, il m'expliqua qu'il était à l'hôtel dans le quartier. Ça lui convenait très bien. Il avait beaucoup d'amis à Paris mais il aimait son quant à soi.

Il n'avait pas besoin de parler beaucoup ni moi non plus. Une douce électricité me parcourait et je sentais qu'il me rivait à lui. De nouveau, il y parvenait et je renouais avec l'attraction physique qu'il exerçait sur moi. Il me proposa de rejoindre son hôtel et je m'entendis acquiescer. Une fois dans la chambre, il m'aida à me déshabiller, m'embrassa, me caressa et me prit deux fois. Je le sentis attentif et précautionneux mais technique, par crainte sans doute. Coucher avec une femme relevait de l'expérience inédite pour lui et il fallait que je fus un bel enjeu pour qu'il se laissât aller. Après une première étreinte sommaire, il resta silencieux, nu, près de moi. Il fallut que je prenne en bouche son sexe épais pour qu'il me gratifie de quelques compliments et encouragements. La seconde fois, il me fit mettre sur le ventre, afin, je pense, de ne pas voir mon visage. Cette fois, il fut un peu brutal et me fis gémir plus d'inconfort que de plaisir. Quittant mon vagin, il s'enfonça dans l'autre orifice et c'est là que lui-même trouva la jouissance. Je n'en eus, pour ma part, aucune.

Ce ne fut qu'au moment de se dire au revoir qu'il quitta sa froideur relative et parut singulièrement ému. Il fut convenu que nous resterions en contact mais tout fut vague. Par contre, il fut clair, qu'à New York, Vincent serait content de me voir. Devais-je comprendre que, comme par le passé, tout était agencé d'avance par cet étrange Phillip et qu'il me fallait rentrer dans le rang ? Étais-je à lui malgré le brouillage du temps ? Je ne savais que penser.