RMRILKE

 

Clive Dorwell et Julian Barney dans un bar chic de Manhattan. La mission de Clive est définie. Elle l'excite et le laisse perplexe en même temps...

Il s’est raidi, le bel homme, et m’a fixé.
-Sur le principe, vous êtes d’accord ?
-Oui
-Vous voulez de l’argent ? ça va prendre du temps, vous savez.
-De l’argent pour le voir danser ? J’ai les billets. Pour le reste, je n’en sais rien. Je ne veux pas être payé pour les recherches, les sollicitations…Ce n’est pas quantifiable et vous m’offrez quelqu’un…
-Qui est beau. Vous n’aurez bientôt plus aucun doute là-dessus. Mais quantifiable, ça l’est, je vous assure.
-Ah bon ? Alors, on parlera des gratifications après.
-D’autant qu’il vous aura montré à qu’il est bien plus que beau…
-Euh, d’accord. En fait, la marche à suivre m’échappe un peu.
-Elle vous sera donnée au fur et à mesure, si vous me faites confiance.
Il était convainquant mais il m’a tout de même fallu poser la bonne question :
-C’est qui ?
-Je vous l’ai dit.
-Non, un prénom, c’est intime. Pas quand on le dit comme ça, bien sûr, mais quand on aime, c’est pas pareil. Alors, s’il vous plait, dites- le- moi, son prénom.
-Erik.
Il baissait les yeux comme si une souffrance sournoise s’emparait de lui.
-Il est Américain ?
-Non.
-Ah, je comprends ! L’Amérique, c’est difficile pour lui. Le pragmatisme, les repères culturels, tout ça…
-C’est sûr, c’est une jeune Européen encore peu aguerri…
-Bon, ça clarifie certaines choses. J’en sais un peu sur lui. Merci pour les cocktails. Vous restez ici pour déjeuner ?
-C’est un lieu qui vit le soir…Non, c’était une idée comme une autre de vous rencontrer ici. Je vais partir peu après vous.
Espèce de snob. Tu vas te taper un petit jeune dans un hammam chic dès que tu seras sorti d’ici et tant que tu n’auras remis la main sur ton « Erik non américain », tu sauteras sur tout ce qui bouge ! Et à moi, tu me demandes de me mettre en chasse pour punir celui que tu aimes vraiment, sauf si tu ne l’aimes pas vraiment…Conard, toi…
Il a lu dans mes pensées et il m’a court-circuité :
-La chasse a ses limites, vous le savez comme moi. Actuellement, je vis une sorte de deuil. Mon ordinaire est frugal pour ce qui est des plaisirs de la chair, pour ne pas dire inexistant. Erik fait partie de moi comme je fais partie de lui. Punissez en lui ce qui doit l’être, monsieur Dorwell et remettez-le-moi.
Et s’il aime quelqu’un d’autre, espèce de gros naïf ! C’est quoi, sa feuille de route à lui ? Il est quoi, lui, « Erik » ? A voile et à vapeur ? Il est peut-être dans le lit d’une femme et ça le rend très heureux…
-Vous le remettre, quel que soit ce qu’il aura vécu. Imaginez qu’il soit avec une…
-N’entrons pas dans les détails. Vous l’aurez surpris, contraint…
-C’est très clair…
-Oui, depuis le début...
Je me suis levé d’un bon et lui ai donné un numéro de téléphone où me joindre ainsi qu’une adresse électronique. Il a acquiescé. Il m’a salué d’un mouvement tête très élégant et je me suis alors rendu compte qu’il était vêtu avec raffinement. Les assemblages de matières et de couleurs qu’il portait étaient non seulement inattendus mais superbes. A sa manière, c’était un seigneur. Et de fait, mes commentaires sur lui s’arrêtaient là. Je n’étais pas à même de dire s’il était tordu ou pas d’autant que moi-même…
Quant à savoir ce que ce « beau » danseur du Lac des cygnes avait pu lui faire subir, j’étais loin du compte ou pas. Après tout, je n’en savais rien. Sauf que, vu le « deal », je partais du principe que Julian B. était l’offensé et « Erik non américain » l’offenseur. Je devais me le tenir pour dit, comme le fait qu’il était plutôt bien de sa personne. Un bel offenseur. A voir…
J’ai quitté le bar chic et j’ai foncé vers une salle de sport. Sans quoi, je n’aurais pu, décemment paraître devant Kristin et Carolyn.