VN SPECTRE

 

C'est la première fois qu'Erik voit Erik danser sur la scène du New York City ballet. Emotions et interrogations.

Le Spectre de la rose est un ballet en un acte créé par les Ballets russes de Serge de Diaghilev le 19 avril 1911 à l'Opéra de Monte-Carlo sur la chorégraphie de Michel Fokine et la musique orchestrée par Hector Berlioz de l'Invitation à la valse de Carl Maria Von Weber. Les rôles principaux étaient dansés par Tamara Karsavina et Vaslav Nijinski. Les décors et costumes furent conçus par Léon Bakst. Le livret de Jean-Louis Vaudoyer est inspiré d'un poème du même titre de Théophile Gautier.

J’avais même lu en traduction le poème de Théophile Gautier. Qu’il n’aille pas me dire, l’autre, que je ne savais pas ce que j’avais vu.

Sur la droite de la scène, il y avait une ballerine qui avait l’air toute radieuse. Tout d’un coup, elle paraissait fatiguée et allait s’asseoir. Ah oui, voilà. Elle figurait une jeune fille qui était allée au bal et avait mis une rose à son corsage. La nuit avait filé et, épuisée, elle s’était installée dans un fauteuil, la pauvrette. Du coup la rose était tombée à terre. Dans les rêves de la jeune fille, allait venir et l’envoûter, l’esprit de la rose.

Et en effet, il arrivait par la gauche, ce bel esprit virevoltant, tout vêtu et peinturluré de rose, de rouge et de vert tendre…

Voilà, c’était lui, Erik Anderson et ça soupirait d’aise autour de moi, ça se grattait discrètement la gorge, ça bougeait sur son siège tandis qu’il dansait.

Il était aérien, totalement. Et je commençais à comprendre l’insistance de mon affreuse et vieille voisine à le voir danser, lui. Parce qu’on a beau ne pas être un grand connaisseur, quand quelqu’un monopolise à ce point l’attention et qu’on a d’yeux que pour lui, ça s’appelle du charisme. Et le charisme, à un niveau aussi technique de danse, ça ne tient pas deux minutes s’il n’y a pas derrière une formation redoutable et un vrai talent.

Lumineux, il était. Ses bonds étonnants, ses retombées parfaites, ses entrechats, ses arabesques…Clair, il était époustouflant. La ballerine qui lui était adjointe avait l’air d’être très bien mais ça ne faisait rien, on ne la voyait guère. En même temps, Fokine avait centré le ballet sur Nijinsky. C’était le danseur mâle qui était au centre du spectacle, pas la ballerine…Il avait droit à quelque chose comme huit ou dix minutes pour montrer ce qu’il savait faire, le fameux porteur du rôle-titre. A priori, Il avait bien retenu la leçon, « Erik » car il livrait une performance remarquable. La salle était, de toute évidence, pleine de connaisseurs. Il allait crouler sous les ovations et les applaudissements, le bel étranger…

Ça n’a pas loupé ! Et que j’applaudis à m’en faire mal aux mains, et que je crie bravo et que je me lève et que je l’empêche de quitter la scène…

Et lui, qui saluait avec grâce et souriait au public.

Beau, si beau et si racé….

 

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Une figure aérienne qui tombera et mordra la poussière…Il avait écrit quelque chose comme ça, l’autre toqué.

Ben forcément, avoir capté quelqu’un d’aussi lumineux et constater qu’il se défile. Il y avait de quoi être vexé…

Il n’était pas présent pour la suite du spectacle. Ça ne m’a pas autant plu. Je n’étais plus très concentré, de toute façon.

Alors, bientôt, je te revois sur scène. Tu seras Siegfried. Je suis sûr que tu seras super. Déjà là, tu m’as subjugué. Je vais trouver le temps long, hein, Erik…