julian BARNEY POSSIBLE

Déjeuner dans un restaurant chic. Julian Barney a engagé Clive pour une étrange opération séduction...

L’ennui, c’est qu’il avait l’aird’être quelqu’un de bien. Professionnellement, humainement, affectivement. C’était son droit d’avoir rejeté un amant avec qui il ne s’entendait plus…J’ai fait des remarques en ce sens et là, Barney me l’a joué fine.
-Je me venge de quelqu’un qui mérite que je le fasse. Le lien que j’ai avec Erik est très fort pour lui comme pour moi. Il le sait même si, actuellement, il se persuade du contraire. Il m’a traité durement. Il m’a mis à mal et il est naturel que, refusant toute discussion et tout retour sur lui-même, il s’expose à une vengeance dure mais salutaire. En outre, personne ne mourra. Vous en tirerez fierté et plaisir. Je me sentirai soulagé …
-Et lui, si je puis me permettre ?
-Il comprendra. Je vous assure qu’il comprendra.
-Je me demande bien quoi…
-Je n’ai rien de plus à ajouter.
Les plats sont arrivés. Rien à dire : la vraie classe ! C’était goûteux et tout. Pour le coup, il a commandé une bouteille entière de vin français à un prix….Bref, tout me rappeler que lui et moi, on n’était né de la même mère…Sûr que la sienne, elle devait pas trop se farcir de feuilletons télé et d’émissions où on caressait le rêve de gagner des millions. Bref, on a mangé. Moi, tout. Lui, il en a laissé. Il y avait des desserts après. Ce que je voyais passer sur de belles petites assiettes, là, ça me paraissait vraiment sympathique mais lui, grand seigneur, non ça allait, il avait assez mangé. Et merde ! Quand même, il m’a dit que je pouvais me laisser tenter. J’ai préféré me passer de crème au beurre et tout ce tintouin avec des noms français pour ne pas subir son regard assassin à chaque bouchée que j’aurais avalée mais j’ai repris du vin. Fallait occuper le terrain : il ne parlait plus beaucoup. J’ai fini par dire :
-Ça sera pas avant les fêtes ?
-Non, je ne pense pas. Ce serait difficile pour chacun d’entre nous, n’est-ce pas ?
-Sûr. Mes vieux arrivent de Newark….
J’ai pensé que vu ses largesses financières, il pourrait peut-être nous allonger cinq billets au premier rang pour Casse-Noisette le 25 décembre. Comme ça, on verrait Erik et j’ai commencé à en parler mais là, vu la façon dont il m’a toisé…J’ai arrêté tout de suite.
Contente-toi d’en avoir dans le pantalon une fois que tu auras ferré Erik, d’accord ? Et pour le reste, ne m’oblige pas à devenir désagréable…
Il y a des gens comme ça, qui n’ont pas besoin de parler. Bon, le repas a pris fin et on s’est apprêté à sortir de ce restaurant ultra-chic. Au moment de l’addition, j’ai vraiment adoré la façon dont il sorti de son portefeuille en peau de quelque chose sa carte archi-gold.
Pour signer, il avait un de ses gros stylos phalliques qu’on trouve en photo dans certains magazines.
-Erik aime ce genre d’endroit ?
-Bien sûr…
-Mais là où je risque de l’emmener, c’est pas le même niveau…
-Il aimera aussi.
-Ah oui, il vient d’un milieu simple.
-Voilà. Par le fait, j’ai un document, enfin plutôt un livre à vous remettre.
-Ah bon, un album photo ?
-Non, un livre sur la danse. Beaucoup de ballets y sont évoqués. Là, où il y a une croix, c’est qu’il les a dansés.
-Je regarde de quoi ça parle.
-Merci de le faire, Clive.
Clive ! Ce mec, rien que la façon dont il prononçait mon prénom ! Je ne lui pas serré la main et je suis parti avec le livre sous le bras. Il allait m’appeler. J’ai scruté le ciel les premiers jours de décembre. De la neige, vite. Pour Noël, il n’était encore rien tombé.