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 5. Le bonheur, oui et non...

En fin de compte, Clive voit un spectacle de danse avec son épouse et leur fille. Mais est-ce bien? Ce danseur si solaire et cette femme perspicace...

Finalement, il avait neigé mais c’était trop tard pour le trip « patins à glace ». Il devait en faire avec ses amis danseurs et peut-être qu’il emmenait aussi avec lui cet espèce de jaune qui balançait son emploi du temps à Julian B.

Ben, où il était passé celui-là ? Je me suis posé pas mal de fois la question et puis, ça a fait son effet, il est réapparu. Seulement, entre le moment où son silence m’avait intrigué et le rendez-vous que j’ai eu avec lui, il s’est passé un sale truc. Enfin, sale pour moi.

Erik a fait parvenir trois billets à Carolyn et donc, on a su qu’on irait en famille voir une rétrospective Balanchine au New York City ballet. Tout le monde s’est préparé : il s’agissait de bien savoir qui était Balanchine parce que quand même ! Et on devait être calés sur les ballets qui seraient présentés, connaître les difficultés techniques qu’engendrait le fait d’interpréter les rôles -titres et ainsi de suite. Bref, notre apprentie danseuse a mis en place une vraie émulation…

Dire que Kristin ne trouvait pas ça un peu bizarre, ça aurait été mentir. Quand même, on allait au spectacle et ça ne justifiait jamais un tel cirque mais bon…Ayant compris que grâce à moi, sa fille chérie avait fait la connaissance d’un danseur classique lancé, elle a pris le pli.

Quand même, il me faut dire un truc : avant le spectacle, on était tous les trois euphoriques. Après, il restait notre fille car nous deux, pour des raisons diverses, ça n’allait pas trop.

Je m’explique, pour ma femme d’abord. Pendant la représentation, elle a ressenti un malaise. Elle me connaît quand même. Ce jeune homme si beau qui illuminait la scène, il n’y a pas à dire, je le regardais avec les yeux d’un spectateur émerveillé certes mais je l’avais approché, j’avais parlé avec lui puis dîné. Ce n’est pas qu’elle avait en tête que je puisse l’approcher de façon plus intime, mais elle s’est sentie jalouse. Il était jeune, il était brillant et il était difficile de ne pas le désirer. J’allais penser à lui, fantasmer sur lui, je le faisais déjà et ça lui faisait de la peine. Elle me l’a fait sentir les jours qui ont suivi le spectacle. Faut dire…J’oubliais toujours de penser que ça pouvait être dur pour elle. A un moment ou à un autre, je pouvais flasher sur un homme plus jeune que moi. Que je couche, elle le savait mais ça ne se passait qu’une fois pas et elle le supportait. Mais que je sois fasciné, c’était raide. Ça pouvait se mettre à durer et qui sait si, de l’autre côté, ça n’allait pas répondre…

PORTRAIT JEUNE HOMME

Elle avait peur de ça parce qu’elle ne pouvait pas lutter. Crier ou pleurer, ce n’est pas lutter. Elle était intelligente : elle le savait. Alors, ce danseur à l’art totalement maîtrisé, ça la rendait fébrile. J’allais garder une image de lui en moi et elle ne pourrait jamais trouver où je l’avais mise. La pauvre, ça la faisait enrager ! Un homme qui a du désir sexuel pour un autre et passe à l’acte, comme ça de façon pulsionnelle, une épouse (enfin, la mienne en tout cas), elle peut l’accepter. Mais qu’il y ait une attirance contre laquelle elle ne peut rien puisqu’elle n’a pas le mode d’emploi, ça la rend malade. Au fond, ça se comprend.