TABLOOOOOOOOOOOO

 

Clive cherche à comprendre quels liens existent vraiment entre Julian Barney, l'homme qui l'a engagé et son jeune amant.

-Vous me racontez les ballets ?
-Non. Vous pouvez faire tout seul l’effort de vous renseigner sur eux. Par contre, si vous avez faim, on peut dîner.
-Oui, mais vous me dites ce qu’il vous a fait…
-D’accord. Venez, on peut dîner ici mais je préfère l’autre restaurant.
-Ah oui, sûr, il avait raison. C’était supposé être élégant et chaleureux ce truc un peu monumental avec des belles tables et des jolies nappes. Il y avait des « décorations florales » sur les tables et tout un tas de bibelots partout. C’était tout de même…glacial.
-Je n’ai pas fait d’effort pour m’habiller…
-C’est un style qu’il aime…
-Quoi ? Qui ? Relâché comme ça, ça lui plaît ? Pas possible, ça. Vous, vous êtes un manifeste de raffinement à vous tout seul. Comment que vous êtes élégant ! C’est ça qu’il aime, non ?
-Je n’ai pas dit qu’il n’aimait qu’un seul style.
-Pour Serenade, vous êtes sûr que vous ne voulez pas m’expliquer ? Il était magnifique dans celui-là…
-Je vous raconterai, mais pas maintenant.
Au cours de l’exquis repas qui nous a été servi, Barney, que je ne trouvais plus arrogant du tout, m’a surpris plusieurs fois.
Pour l’école de danse où devait se transférer Carolyn, il a carrément proposé de payer. Je m’en suis presque étranglé…
-Mais pourquoi ?
-Si Erik lui a dit cela, c’est qu’il est sûr de lui. Acceptez mon offre ou considérez qu’elle est un prêt. Votre fille sera bien plus sûre de faire une carrière…
-Ben, en quoi ça doit avoir un rapport avec vous ? Dites, c’est quoi votre truc…Il ne veut pas vous voir et en même temps, vous êtes toujours liés, c’est ça ?
-Oui. Il est obstiné par moments.
-C’est quoi le motif ?
-Je le connais depuis plusieurs années. On partageait un immense appartement à Londres. Il a succédé à une journaliste américaine avec qui j’étais très ami. Il est arrivé un peu comme ça et on s’est très bien entendu. Il n’y avait rien de plus qu’une forte sympathie réciproque. Ensuite, je suis allé le voir au Danemark et là, notre relation a changé et puis il s’est fait engager ici. Je vous l’ai dit, j’habite très près d’ici. Il était avec moi un temps et puis il a trouvé un loft, près du Lincoln Center. C’est très beau d’ailleurs. On s’est mis d’accord sur certaines choses mais il s’est écarté de ses promesses.
-Ah bon ?
-Il est naturel qu’ayant vingt-sept ans alors que j’en ai quarante-cinq, il ait quelques à-côtés. Après tout, il n’y a rien de mal, n’est-ce pas, d’autant que j’ai mes zones d’ombre. Vous me suivez ?
-J’essaie.
-C’est à moi de décider qui lui convient.
Pas à lui ? Il n’a pas l’air idiot.
Il me doit respect et obéissance. Je sais qui il est, je comprends son art. Je suis son garant. Actuellement, il essaie bien de se protéger de lui-même en menant cette étrange vie ascétique mais ça ne pourra pas durer. --Il est à même de se faire du mal. Il ne l’a que trop montré.
-Alors, vous lui dites avec qui il peut aller en dehors de vous et comme ça, il ne s’en fait pas. C’est ça ?
C’est l’idée.
C’est drôle. Il a l’air tellement pur de ce côté-là. Non, il ne l’est pas ?
-Il l’est.
-C’est compromis, je vous l’ai dit.
-Il va vous appeler. C’est une certitude.
-Il y a des trucs que vous me dites pas, ce que vous ressentez pour lui, par exemple.
J-e vous raconte Serenade ? Balanchine l’a chorégraphié en 1934 pour les élèves de son école de danse. La musique est de Tchaïkovski. L’argument, c’est…
-Non, c’est quoi, avec lui ?
-Mais je vous l’ai dit : il est à moi.