stage DANSE

Clive a signé une sorte de contrat avec un Américain qu'il cerne mal. Mais que penser vraiment ? 

Il ne voulait pas lâcher ce qu’il y avait vraiment. Il avait ses raisons, après tout. C’était la première fois en tout cas que je commençais à ressentir pour lui une sorte d’estime. Sur le plan professionnel, il devait être très reconnu.

-Vous travaillez pour l’opéra, c’est ça.
Oui.
-Actuellement, vous êtes sur un truc ?
-Je ne sais pas si Rigoletto est un « truc »…
-Je ne parle pas aussi bien que vous. Les décors et les costumes ?
-Oui.
-Et pour la danse, vous en avez fait des décors et des costumes ?
-Phrase parfaite. Vous voyez, quand vous voulez…La réponse est oui. Par contre, je ne travaille pas pour le New York City ballet.
-Vous ne lui avez pas fait de beaux habits, à Erik ?
-Si. Il a de quoi rêver. Ce sont des créations privées. Tout est chez lui, dans son loft.
-Le genre « L’Oiseau bleu », ce serait magnifique. Sans blague, ça lui irait bien !
-Il s’est mis à rire.
-C’est une très belle idée ! J’y songerai. Je lui ai reproduit à l’identique des costumes portés par -Jean Babilée…
-Jean…Sais pas qui c’est.

J'ai fait un genre de moue-grimace.

-Allons, Clive, votre fille est danseuse et pour l'aventure qui nous occupe, vous avez fait des lectures...

-Un danseur français très beau et très brillant que la guerre a malmené car il était Juif…Il était tout jeune, passionné et touche à tout…Une merveille et vous savez quoi ? L’âge ne l’a pas abimé. Il est toujours là, aussi créatif et singulier qu’il l’était il y a bien longtemps. J’aimerais qu’Erik suive une semblable voix et, une fois chorégraphe, garde sa singularité…
En partant, je ne savais pas trop quoi penser. De lui, de moi, de ce jeune homme...

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Le lendemain, le danseur a appelé. Il était surpris que je lui aie rien dit sur la soirée où il nous avait invités tous les trois. J’ai rétorqué que n’ayant aucun moyen de le joindre, je voyais mal comment le remercier. Mais sentant qu’il était froissé, je l’ai fait en m’excusant avec une telle insistance et une telle maladresse qu’il a fini par se radoucir…
Ta fille a mon numéro de portable. Tu pouvais le lui demander, Clive.
Comme je ne disais rien parce que je sentais qu’il se passait vraiment quelque chose, il a insisté.
Je te le donne à toi, alors…
Donne.
Je l’ai enregistré sur mon propre appareil son numéro et de nouveau, j’ai eu une drôle d’impression.
Tu pourras m’appeler comme ça.
Tu sais, Erik, si c’est pour l’école à venir de Carolyn…
Ah, ça ? Tu es une grande personne. Tu sais ce qu’il faut faire. Non, c’est pour autre chose. Tu as remarqué, c’est le printemps ?
J’ai remarqué.
Tu aimes courir quand il commence à faire beau et que les jours s’allongent ? Moi, je le faisais souvent à mon arrivée à New York. J’allais à Central Park. J’adorais ça. Pour toi, ça fait loin. Mais tu retiens l’idée ?
Je la retiens.
Je n’étais plus mélancolique du tout. J’avais son numéro personnel...