BELLES MAISONS

Que Lucas soit devenu maladif alors que dans les premiers années de sa vie il avait été un bébé en pleine forme, l'avait donc perturbée. Devait-elle se sentir coupable ? Non car en se référant aux siens, elle ne voyait que des gens en bonne santé. Fallait-il mettre Jérémie en cause parce qu'il avait évoqué des soucis éventuels ? Non car sa nature était profondément honnête. Comment aurait-il pu deviné ou pire provoqué  la maladie du petit Lucas ? Impossible.

Tout avait si bien commencé, pourtant ! A chaque examen fait, les médecins avaient conservé un optimisme total. Le bébé se développait bien, aucune anomalie n'était décelée et elle-même semblait en parfaite santé. Dès le départ, d'ailleurs, elle avait été rassurée. Ce bébé était sorti d'elle facilement et il avait vite fait ses nuits. Elle l'avait nourri avec joie, ce petit garçon calme qui posait sur elle un regard grave. Il changeait la donne, bien sûr, en ne les faisant plus vivre l 'un pour l'autre mais franchement il y avait de quoi se féliciter ! Le bonheur était donc à l'ordre du jour, et il l'était resté plusieurs années de suite. Il n'y avait qu'à voir les photos de cette époque-là pour s'en rendre compte. Noémie émue aux larmes et Lucas endormi, quelques heures après sa naissance. Jérémie portant fièrement son nouveau-né dans ses bras à la maternité. De très nombreux clichés les montrant tous trois dans leur petite maison de la Ferté Bernard où, hiver comme été, ils affichaient un immuable sourire. Lucas dans son berceau puis dans son landau puis dans sa chaise à bébé : visage très rond, petits points fermés et yeux bleus à l'expression volontaire et très vive. Lucas dans le jardin faisant ses premiers pas. Lucas dans l'eau, l'été, avec son père. Lucas et les poules. Lucas avec Nathanaël, le lapin nain et Figaro, l'épagneul des voisins. Lucas la bouche barbouillée de fraises. Noémie et Jérémie confiants, heureux.