maladdddddddd

Enfant malade que rien ne guérit vraiment, Lucas est très entouré par ses parents qui ont bon espoir...

A huit ans, Lucas avait une drôle de vie. Il sortait peu, sa « maladie » l'invalidant mais rayonnait d'intelligence et de gentillesse. Cependant, Jérémie et Noémie le savaient, ce maintien à la maison heurtait l'ordre social. Les années passaient et il devenait essentiel était de placer l'enfant dans une structure conforme aux usages de la société. Après tout, dans un internat lointain, il serait soigné, socialisé et instruit avec d'autres enfants. Voilà le discours qu'on leur tenait.

Sentant que Lucas allait leur échapper s'ils laissaient faire, Noémie et Vincent menèrent une véritable campagne de persuasion auprès de leur jeune fils. Celui-ci voulait-il être séparé d'eux ? Non, assurément. En ce cas, il devait aller à l'école du village. On lui faisait l'école à la maison, c'était autorisé. Depuis un an, une institutrice à la retraite officiait auprès de lui et s'en tirait très bien. Il n'était pas en deçà des élèves qui allaient en classe, il était même au-dessus de beaucoup d'entre eux mais le problème n'était pas là. Il se confrontait pas aux autres. Il n'était pas assez socialisé. Son état physique était certes fragile mais trop de protection familiale l'empêchait de devenir plus fort...Voilà ce qui était dit à ses parents. Il ne fallait pas qu'il fût si différent...

De nombreuses discussions eurent lieu. On se mettait à sa portée. On se répétait.

L'enfant saisit très vite les enjeux de tels échanges.

Ses parents n'ayant jamais connu l'échec, s'en voulaient de le voir si maladif. Au fond de lui, le petit garçon ne trouvait pas stupide les discours des médecins et des psychologues. Être placé dans une structure hospitalière ne lui enlèverait pas définitivement ses parents mais lui permettrait de s'ouvrir à d'autres expériences. Il deviendrait « un grand garçon ». C'était tentant mais il se garda bien de le dire. Face à la détresse de son père et de sa mère, Lucas décida qu'il fallait jouer le tout pour le tout. Justifier de son maintien dans le village exigeait qu'il fût en bonne santé.

Qu'à cela ne tienne, il se conforma à ce précepte. Ses accès de fièvre s'espacèrent, sa peau ne fut plus la proie de maladies bénignes, il prit du poids et déclara vouloir faire du sport. Bientôt, il n'y eut plus d'obstacle à l'inscrire à l'école du village. Encore malingre, il y parut d'abord en mauvaise posture. Jérémie et Noémie pensèrent le reprendre à la maison où il serait enseigné comme avant mais ils n'eurent pas la possibilité. Sur le plan scolaire, Lucas se débrouillant très bien, il était à craindre qu'il se fît plus d'ennemis que d'amis, compte-tenu de son passé. Or, le petit garçon était rusé, qualité dont ses parents le croyait dépourvu. Pour ne pas être embêté, il fallait neutraliser les gros bras de la classe.

 

LETTRE M

Cela, Lucas le comprit vite. Quelques bagarres, quelques moqueries, quelques alliances conçues au bon moment, cela suffit. Il courait vite, il était petit mais avait le coup de poing facile. En outre, il savait offrir une aide aussi discrète qu'inattendue à des élèves bagarreurs mais faibles en français ou mathématiques. C'était un être adroit. Son instituteur s'en rendit compte et s'en amusa : ce petit Lucas qui arrivait dans sa classe avec un handicap certain, tirait fort bien son épingle du jeu. Il se faisait une place. Et pas n'importe laquelle ! Pensez donc : hier malade et aujourd'hui guéri ! Fraternel certes mais capable de vous remettre à votre place ! Jusqu'à sa laideur qui se transformait en beauté ! Vraiment le genre de prodiges qui rassurait l'éducation nationale !

Deux ans durant, le « miracle » se poursuivit. Lucas eut les meilleures notes. A la fin du CM2, il pouvait raisonnablement penser qu'au collège, il n'aurait aucun problème.Certes, il serait interne mais il viendrait tous les week-ends et aux vacances.