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Lucas, enfant vif et attachant, est tombé malade très vite. Il l'est toujours mais connait des périodes de rémission. Le chien Lucky veille sur lui

A la maison, ses parents exultaient. Les animaux qui avaient peuplé sa petite enfance ayant souvent été donnés ou étant morts, ils lui avaient offert un chien, un golden retriever très bon enfant, qu'il avait appelé Lucky. Tous les deux battaient la campagne avec bonheur.

Pourtant, il y eut une ombre au tableau. A la fin du mois d’août, alors qu'approchait la rentrée, Lucas eut un malaise, alors qu'il rentrait d'une grande randonnée avec deux bons amis. Le trouvant évanoui dans la cour de la maison, ses parents le transportèrent dans le salon et, comme son état ne s'améliorait pas, ils appelèrent le médecin. Fidèle, Lucky ne quittait pas son maître. Depuis qu'ils étaient ensemble, ils se parlaient de cette façon secrète que Lucas avait découverte il y a longtemps. De vrais dialogues sans desserrer les lèvres. Ce fut à lui qu'il s'adressa, sachant qu'il comprendrait.

-Tu sais, mon beau chien, ça va recommencer.

Le golden le regardait en silence.

-Le syndrome de Ah Thor. Ça n'est pas une maladie recensée mais moi, je l'appelle comme ça.

Une lueur de compréhension passait dans les yeux du chien. De tous les animaux qu'il avait eus, le golden retriever était celui dont il était le plus proche. Ils étaient en symbiose.

-C'est comme un grand cri qui vient de l'intérieur. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, cette fois...

Le chien, tout éperdu de sollicitude, lui léchait le visage.

-Je me bats depuis des années et quelquefois j'y arrive. Lui, il ne peut plus m'embêter autant. Il est bien obligé d'être plus tranquille ! Seulement, au bout d'un moment, ça m'épuise. Là, tu vois, il reprend le dessus.

Lucas sentait l'haleine du chien sur ses mains et se noyait dans son regard plein de compassion.

-Je ne pourrais pas rester ici ni aller au collège. Ils vont avoir du chagrin. Il faudra que tu sois très gentil avec eux !

Au gémissement qu'il poussa, Lucas comprit que son compagnon était d'accord .

Les parents, qui s'étaient écartés de l'enfant pour accueillir le médecin revinrent près de lui. Après l'auscultation, le verdict tomba. L'enfant fut hospitalisé.

Tout alla très vite. Pendant quelques semaines, il fut brûlé de fièvre et perdit du poids. Il avait du mal à quitter le lit. Il lui arrivait de pleurer tant il se sentait mal. Comme à l'accoutumée, on n'y comprenait rien mais on utilisait pour qualifier son état des mots savants.

Mortifié pour ses parents, Lucas savait qu'il n'irait pas au collège. Il ne grandirait pas sous le regard aimant de Noémie et de Vincent. On l'hospitaliserait pour une durée indéterminée, loin des siens.

Après son départ, tous furent tristes. Lucky déambulait souvent seul sur les chemins environnants. Avant de s'en aller, Lucas l'avait assuré que la distance n'était rien et qu'ils se parleraient. Ils le faisaient mais le chien s'inquiétait. Un jour, il vit se former dans le ciel nuageux, un étrange visage mouvant. Il était monstrueux, orbites vides, joues creuses, cheveu rare, teint livide. Il fut traversé par l'idée que c'était ce  Ah Thor dont Lucas semblait avoir si peur ! C'était lui l'ennemi à vaincre mais comment le faire savoir à ceux qui voulaient aider Lucas ? Il se contenta donc, des jours durant, d'émettre des jappements désorientés. On le consola. Dans son étroite tête de chien fidèle, il forma un projet : il apporterait à qui de droit toute l'aide requise...