LUCKY

A la face du monde, il s'enfuirait et si Nicolas le voulait, il le suivrait...L'été arrivait. Ce serait plus simple. En pensant cela, Lucas semblait naïf. De la montagne, il n'avait quasiment rien vu. Ses soucis de santé ayant motivé son installation dans cette aile de l’hôpital avaient très vite exclu toute randonnée. Des Alpes, il n'aurait en fin de compte, vu que les imposantes découpures à travers les grandes baies vitrées des couloirs où des salles de repos. Tout juste avait-il pu marcher dans la neige avec ses parents et se laisser prendre en photo lors d'une timide excursion à « quelques encablures » du centre médical...Mais cette naïveté, l'enfant la réfutait. Il partirait.

Bientôt, tout prit forme. Lucas vit son chien en rêve. Il était dressé sur ses pattes de devant et, la langue pendante, semblait le regarder. Au sol, se trouvait un grand carton sur lequel était écrit un mot : Rivello.

Lucas ne savait ni s'il s'agissait d'un lieu ni si c'était le nom de quelqu'un. Au rêve suivant, le chien parut brièvement puis le panneau de carton occupa tout l'espace, si tant est que le rêve soit une suite de grandes images. Le même nom mystérieux y était inscrit mais cette fois des commentaires apparaissaient.

Rivello Stefano. Ami de Honey. Hameau de Recholles. Café La Bella storia. 23 juillet. 8H du matin. Petite cour derrière le café. Prendre sac de voyage léger. Utiliser la sortie de secours P1 dans le bâtiment où tu te trouves. Marche de quarante minutes. Ne pas avoir peur.

C'était laconique. Des précisions s'imposaient.

-Je resterai là ?

-A la Bella storia ? Non.

-Je voyagerai ?

-Oui.

 

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-Avec Stefano ?

-Oui.

-On ira voir Honey ?

-Pas encore.

-Alors, qui verra t'on ?

-Tu verras. Ce sera une longue route.

-Tu es bien sûr de tout cela, Lucky ?

-Certain.

Le chien changeait de forme, devenait énorme translucide, vaste découpure sur fond de ciel d'été puis comme le rêve s'achevait il retrouvait sa benoîte apparence, celle qu'il conservait dans le maison de famille. Des paroles qui s'étaient échappées de lui, l'enfant restait imprégnée. Il se sentait fort. De tels mots le guérissaient !

Ainsi, il partirait. La peur, Lucas n'en éprouvait aucune même si le projet était fou. Il passa dix jours avec ses parents dans un gîte sans leur parler de rien. Il était calme. Les médecins le disaient assagi mais le tenaient à l’œil. Le 22, Vincent et Noémie rentrèrent chez eux, dans la maison où il avait grandi. Ils câlineraient Lucky dès leur retour, lui parlant de la nostalgie que leur fils avait de lui. Le chien parut les écouter avec intérêt et leur lécha les mains.

Le 23 au matin, Lucas et Nicolas, qu'il avait convaincu, se dirigèrent vers le café...