ET DU BONHEUR

3. Stefano. Parce que très jeunes et déjà marqués par la maladie, Lucas et Nicolas veulent s'enfuir de l'hôpital savoyard où ils sont censés guérir. Nicolas, surtout, veut partir car suivre Stefano c'est obéir à Lucky, le chien magique de son enfance, et chercher Honey, celui qui vous veut du bien...

Il était étonnamment facile de s'échapper de cet hôpital, les deux enfants en firent l'expérience. Ayant des chambres proches, ils se vêtirent dans le noir puis filèrent dans des couloirs où nul ne semblait pressé de les surprendre. Ils dévalèrent quatre à quatre les marches de l'escalier de service et passèrent par une arrière-cour qui longeaient les cuisines du centre médical. Là encore, tout alla bien. Il y avait pourtant du monde qui travaillait, se déplaçait et s'interpellait à l'intérieur mais ils purent gagner sans encombre le chemin qui conduisait au village et repérer le café. Le soir, puisque c'était l'été, il ne devait pas désemplir mais à cette heure matinale, il était fermé. Quant aux petites rues du village, elles étaient désertes. Seul un chien noir et blanc solitaire s'arrêta pour voir passer les enfants. Il avait l'air à la fois débonnaire et avisé. Face à son air appréciateur, Lucas songea à son chien Lucky qui, dans la maison de la Ferté Bernard, devait monter la garde et penser à lui...

Tout allait si bien que Nicolas ne put que s'en étonner :

-Il y avait toujours quelqu'un pour venir dans notre chambre, pour un oui, pour un non !

-Pas aujourd'hui !

-On le dirait bien ! C'est comme si on était transparents...

-On n'a pas fait de bruit et on a fait vite, voilà tout.

C'était en fait bien plus étonnant et incompréhensible qu'il n'y paraissait d'avoir pu s'esquiver sans la moindre difficulté mais l'heure était à la décision. Pas le temps de s'interroger sur ce qu'il y avait de magique là-dedans. Les réponses de Lucas étaient donc laconiques.

« La Bella storia » servait midi et soir une nourriture italienne robuste et toutes sortes d'alcool. C'était un établissement sans prétention décoré à l'intérieur comme à l'extérieur de couleurs pimpantes. Sur le rideau métallique baissé étaient peints des soleils et des lunes, des papillons extravagants par leur taille et des hommes rieurs qui levaient leur verre. Le trait était naïf, maladroit parfois mais cette scène truculente emportait malgré tout l'adhésion et donnait envie de rire. A l'évidence, aux heures d'ouverture ne devait pas désemplir.

Dans l'arrière cour, ils découvrirent en Stefano, un jeune homme de vingt-ans au visage angélique et à l'esprit rapide. Vêtu d'un pantalon et d'un sweater à capuche, beige, il avait les cheveux en bataille et l’œil vert. Son sourire avait quelque chose d'irrésistible. Sans avoir le temps de réfléchir, les deux petits fuyards lui obéirent. Ils s'installèrent à l'arrière d'une voiture noire qui partait vers l'Italie. Nicolas, que la marche avait fatigué, s'en étonna. Il s'était décidé au dernier moment et n'avait aucune idée de ce qui allait se passer. A sa grande surprise, il allait découvrir que Lucas en savait lui aussi très peu..

-On va retrouver tes parents ?

-Pas du tout. Ils nous remettraient tout de suite ici !

-Comment ça ? Ce sont eux pas eux qui organisent cette évasion ?

-Non.

-Alors qui ?

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-Mon chien Lucky.

-Non, arrête !

-Derrière Lucky, il y a Stefano et encore derrière lui, Honey.

-C'est qui ?

-Je ne sais pas encore.

-Quoi ! Mais tu es complètement timbré, toi ! Tu m'as dit qu'on allait en lieux sûrs !

-On y va !

-Et lui, le jeune type, tu le connaissais ?

-Non, mais aie confiance.

-Qui c'est Honey ? Tu ne le sais pas, hein ?

-Non.

Nicolas avait beau parler ainsi, il avait beaucoup d'appréhension mais passé l'amère pilule de la désillusion, restait la confiance. Il en manquait d'habitude face aux autres mais là, il jouait son va tout. S'il marquait le pas, il ne vivrait pas car il se conformerait aux dire des médecins. S'il se lançait dans cette folle aventure, il y avait quelque chance d'échapper au carcan de la maladie et à une mort imminente. Alors, tournant le dos à l'attitude résignée que lui faisaient adopter ses parents face à l'inéluctable, il emplissait ses poumons d'air et faisait face.

-Tu sais, c'est bizarre mais j'aime bien quand c'est comme ça. Je n'ai pas peur.

-Alors, c'est formidable.