VISAS

Pour deux enfants qui s'enfuient ne soient pas retrouvés trop vite, il leur faut une fausse identité...C'est que Stefano s'emploie à faire pour les jeunes Lucas et Nicolas

Stéfano lui tendit un passeport et se lança dans des explications .

-Rivelli Jérémie. Né à Parme le 12 juillet 2007. Départ pour la France quand tu as cinq ans. Vie à Roanne. Le reste, tu dois l'apprendre et ça fait beaucoup !

Lucas était abasourdi. La photo sur le passeport le représentait transformé. C'était là une étrange anticipation. Comme il paraissait perplexe, l'Italien lui dit.

-Le passeport a été préparé avant.

-Oui mais la photo ?

-Était-ce si difficile ? Non.

Il n'en dit pas plus et du reste, Lucas se mit à rire. L'enfance étant encore vive chez lui, il se sentait exalté. Une nouvelle identité l'éloignerait sans nul doute de Ha Thor...

Pour Nicolas, se transformer était bien plus difficile. Il ne lui restait pas beaucoup de cheveux et de ce côté là, il n' y avait pas grand chose à faire. Il se changea lui-aussi, revêtant un jean serré et un grand sweater jaune. Son visage fut maquillé pour paraître bronzé et Stefano lui fit porter une casquette. De plus, il l'affubla de lunettes à épaisses montures blanches. Il avait beau être petit et maigre, l'adresse de Stefano lui permit de ne pas se ressembler. Il était devenu un jeune parisien en vacances en Italie. Très mince certes mais tonique et en forme, ce qui, le connaissant, était un tour de force.

-Debusson Hugo. Je m'appelle comme ça ?

-Oui. Né à Paris, dix-neuvième. Tu vas voir ta tante en Italie. Elle habite à Sorrente.

-A Sorrente ?

-Près de Naples.

« Hugo » reçut lui-aussi un passeport. En voyant la photo qui l'accompagnait, il n'eut pas l'enthousiasme de Lucas. Ce ne pouvait être lui. Qui croirait cela ? Il s'empara cependant de l'enveloppe que lui tendait son guide. Elle contenait de nombreux feuillets qui déclinaient sa nouvelle identité. Tout y était d'une précision hallucinante. Des photos l'accompagnaient, le montrant à des âges divers. Il y avait aussi des dessins...Rien ne collait, l'histoire de Nicolas étant différente mais tout s'imbriquait si étroitement qu'à coup sûr, s'il maîtrisait ces données, il donnerait le change...

Lucas ayant reçu la même, il fut tout aussi admiratif. Conscient que ces deux petits êtres avaient beaucoup à faire, l'Italien les laissa tranquilles car ils devaient apprendre leur leçon. Il ne les sépara pas, sachant qu'ils s'épauleraient.

L'engouement d'une aventure à peine effleurée empêcha les deux compères d'affronter une réalité délicate. En effet, changer de nom c'était ne plus reconnaître sa propre famille et donc s'en extirper. Ni Nicolas ni Lucas n'étaient en conflit avec la leur. Restait donc pour les deux enfants le désir forcené qu'ils avaient de guérir. Il fallait sans doute pour échapper au carcan de la maladie en passer par cette cavale inattendue. Ils en furent vite convaincus.

Avec Stefano, il n'était guère question de lambiner. Dans la maison où ils passèrent plusieurs jours, ils construisirent leur personnage. Questionnés sur leur passé, ils sauraient répondre en un quart de tour. Du reste, tout tournait au jeu. Ils cuisinaient avec le jeune homme, regardaient des films, apprenaient leur itinéraire et des listes de mots en italien. Ne pas sortir les gênait à peine. Tout était neuf.