BEL ARBRE

Parce qu'il était toujours malade, Lucas, enfant de huit ans, a été placé dans un hôpital savoyard dont il s'est échappé. Il se cache avec Stefano et un autre enfant dans une riche demeure italienne. Jusqu'ici, il a résisté comme il a pu au Mal mais il lui faut se former davantage...

Pourtant, l'hôpital ayant signalé leur disparition, leurs familles s'étaient adressées à la police. Leurs parents les cherchaient. Les sachant dans la peine et l'angoisse, Lucas et Nicolas se sentaient compatissants vis à vis des siens mais n'allaient pas au-delà. Quant au personnel de l'hôpital, il était clair qu'ils essuyaient les foudres des services de police. Personne n'avait rien vu ! Ça frisait l'inconscience ! Les deux enfants imaginaient sans peine les interrogatoires sévères et les remarques acerbes mais il leur suffisait de fermer les yeux pour revoir les couloirs blancs de l'unité où on les avait cantonnés. Aucun retour n'était possible.

Lucas pensait à Lucky. Comme il l'avait déjà fait, il lui envoyait mentalement des messages d'apaisement, ignorant de quelle façon le fidèle et doux chien les véhiculerait à ses parents mais étant sûr qu'il s'acquitterait de sa tâche. Nicolas, lui, avait plus de mal. Son état de santé vacillant avait accablé ses parents. Sa mère était dépressive. Nul doute que cette escapade allait les atteindre violemment l'un et l'autre...Il fallait tout le talent de Lucas pour le recadrer et mettre le rêve à sa portée. Là où ils allaient était la Vie.

 Il fallut bien une dizaine de jours à Stefano pour montrer toutes les facettes de sa personnalité. Ils découvrirent d'abord le chauffeur audacieux mais sûr, le répétiteur, l'amuseur et le cuisinier. Puis ils frayèrent avec le chanteur de Bel Canto et de chansons napolitaines et ils devinèrent l'as des jeux de cartes. C'était là le côté social et solaire du jeune italien mais ce n'était pas le seul. En la personne de Stefano, les enfants disposaient d'un véritable garde du corps. Un bruit bizarre à l'extérieur de la maison, le soir, lui faisait dresser l'oreille. Arme à la main, il enfermait les enfants dans une pièce et allait voir. Lucas et Nicolas ne mirent pas longtemps à comprendre que la facétieux jeune homme qui leur vantait les mérites d'une vraie sauce tomate maison n'hésiterait pas à tirer si le besoin s'en faisait sentir. Admiratifs, ils étaient aussi effrayés. 

JEANBEON

Un jour, dans la luxueuse villa qui ressemblait à un catalogue de mode, il convia les enfants dans une salle au ré de chaussée. Il avait un revolver à la main et il leur en expliqua minutieusement le fonctionnement. Chacun son tour, les enfants le manipulèrent puis il les entraîna. C'était le début d'une série de séances. Il le leur dit.

Ne pouvant exiger d'eux une forme physique que la maladie leur enlevait, il ne pouvait ni les faire courir ni les faire grimper. Il les entraîna donc à se cacher très vite non pour fuir mais pour se mettre en embuscade et être prêts à riposter.

Il prenait son rôle très au sérieux à tel point que ni Lucas ni Nicolas ne se sentirent en paix. Un danger viendrait et il faudrait le contrer.