VILLA FANTASTIQUE

4. Miroirs et fantômes. Lucas, Nicholas et leur guide italien Stefano arrivent en Italie du nord, dans une villa mystérieuse où des épreuves attendent les deux enfants...

Tout était mystérieux dans cette grande maison à la façade dépouillée. Ils le découvrirent dès qu'ils en poussèrent la porte. Alors que le parc regorgeait de statues de satyres et des naïades, de bancs et de chaises de jardins, de fontaines et de gloriettes, l'entrée de la villa était surprenante. Une fois poussée la lourde double porte de chêne foncé, on pénétrait dans un hall aux murs brun et orange et orné de motifs floraux art nouveau. De hauts candélabres ainsi que des crédences chargées de compositions florales aux dominantes blanc et jaune conféraient à ce vaste couloir une dignité imposante. On débouchait ensuite dans un vaste salon plein de canapés profonds, de tables basses, et de rayonnages de bibliothèque. C'était un bel espace, assurément et on retrouvait les couleurs du hall, le vieil or, l'orange et les dégradés de brun conférant à l’atmosphère du lieu une certaine dose de mystère. Des statues de griffons ou de longs visages peints ou sculptés ornaient la salle et les murs. La particularité des visages étaient d'être sans regard. Seuls de minces traits indiquaient les paupières closes. Il y avait des fleurs aussi mais c'était des orchidées, absentes dans le hall d'entrée.

Aucun des enfants ne pouvaient se sentir à l'aise dans un lieu pareil tant il était grandiloquent. Ils se rapprochèrent bien d'une des bibliothèques mais l'alignement d'éditions anciennes aux riches couvertures les déconcerta. Ils n'osèrent pas s'installer dans un des canapés et consulter les revues d'art qui étaient posées ça et là sur des tables basses. S'asseoir par terre pour jouer était inconcevable. Observer de près les œuvres d'art qui peuplaient la pièce ne leur plaisait pas car elles les inquiétaient. Ils ne les comprenaient pas mais Stefano leur avait bien recommandé et de les regarder avec attention et d'en choisir une dont ils garderaient l'image en tête. Ils s'appliquèrent donc à le faire.

Lucas, à force de déambuler, finit par élire une sculpture de femme longiligne à long visage triste. Elle avait les yeux clos. Nicolas, quant à lui, préféra un animal hybride mi dragon mi chat qui semblait poser sur lui un regard interrogateur et féroce. Une fois leur choix fait, ils s'assirent en tailleur et s'entraînèrent à garder en eux l'image précise de ces deux œuvres. Il n'y avait rien d'intellectuel là-dedans car aucune analyse de leur choix ne s'imposait. C'était un exercice de mémoire, à la fois strict et douloureux car, ils en avaient bien eu conscience, tant l'étrange femme émaciée que l'animal mythologique au regard inquiétant les déstabilisaient. Bientôt, cependant, tout fut clair. Ils avaient en eux, bien installées dans leur mémoire, ces deux œuvres et leurs aventures pouvaient se poursuivre. Le vaste salon ouvrait sur de nombreuses pièces mais Stefano avait bien indiqué que deux d'entre elles seraient accessibles. Les autres, ne présentant pas d'intérêt pour les enfants, ne seraient pas visibles. Il était déconseillé d'en forcer les portes mais ni Lucas ni Nicolas ne songèrent à le faire, la tâche qui leur incombait leur paraissant déjà déjà très lourde.