FEMMZ FANTASTIQUE

Lucas et Nicolas ont fui un hôpital pour enfants malades avec Stefano, leur jeune guide italien. Les voilà dans une mystérieuse villa du nord de l'Italie. Passant de salle en salle chacun à leur tour, ils reçoivent une sybilline initiation...

De nouveau, il se sentait fort et pur. La force était en lui. Il avait besoin d'elle car déjà s'ouvrait une seconde fenêtre, tout aussi étrange que la première. Celle-ci lui parut d'abord pleine d'eau de mer. Elle était claire et très mouvante. Le soleil la traversait et lui donnait une nuance émeraude. Il l'entendait bruisser cette mer qui lui apparaissait et en était heureux mais il n'y vit paraître aucune forme de vie animale ou végétale. Au bout d'un moment,les eaux semblèrent se figer et se transformèrent lentement en mur lisse, de couleur bleu tendre. D'autres murs apparurent puis une fenêtre et une porte. Lucas comprit qu'il était dans une pièce mais ne parvint à la rattacher à aucune maison. Nulle part il n'avait vu de bureau de bois clair, d'étagères couvertes de livres de jeunesse, de lit simple à montants de cuivre et de lampe de chevets dont le pied de bois était orné d'une sculpture de fée ailée. Entra dans la pièce une fillette d'une dizaine d'années aux longs cheveux bruns ramassés en queue de cheval. Elle portait un pull-over bleu marine, une jupe plissée de la même teinte, des collants d'hiver en laine et des bottines. Elle s'assit à son bureau, se tenant bien droite sur sa chaise et veilla bien à ce que son dos ne touche pas le dossier. Puis, elle ouvrit un cahier et attrapa un dictionnaire français-latin posé près d'elle. De toute évidence, elle travaillait. Cette enfant qui se concentrait ainsi, bougeant parfois les lèvres pour prononcer des mots incompréhensibles, il ne la reconnaissait pas encore mais il savait qu'elle lui était familière. A cette image de collégienne au travail s'en substituèrent d'autres. Il la vit assise dans une salle de cours, studieuse et posée, prenant souvent la parole après avoir levé le doigt. Elle n'était pas la plus jolie de la classe, loin de là , ses vêtements étaient sévères et son appareil dentaire enlaidissait son sourire. Rien de tout ceci ne semblait l'affecter. Elle jouait un rôle qu'elle aimait : celui de la bonne élève.

Un peu plus âgée, elle jouait au basket dans la cour de son collège, lors d'un cours. Elle passait un premier examen. Il la retrouvait au lycée où elle était devenue élégante. Elle avait désormais les cheveux mi-longs et un joli sourire. Il la voyait s’asseoir auprès d'un grand garçon à l'allure timide qui paraissait beaucoup l'apprécier. Ils étaient ensemble à l'université puis en centre de formation des professeurs où leur couple était solide.

Cette fois, il l'identifiait, cette fille brune si sûre d'elle. C'était sa mère. On vantait en cours sa vivacité d'esprit et son esprit cartésien. Voilà quelqu'un qui ne s'encombrait pas de doutes existentiels mais s'estimait chargée d'une mission claire : enseigner avec efficacité en école primaire, encourager le dépassement de soi et la réussite dans un système accessible à tous. Dans sa classe, il la découvrait à l'écoute, certes, mais autoritaire et exigeante. Il était mal venu avec elle d'être lent ou hermétique à une matière. Les enfants l'aimaient dans l'ensemble mais la craignaient aussi car elle avait le jugement hâtif...

 

BARTABAS

Au fond, elle lui apparaissait sous un jour très nouveau. Il la connaissait comme mère, cette jeune femme, mais ignorait ses comportements professionnels. La découvrir ainsi était intimidant et gênant aussi. Elle avait dû en prendre pour son grade la jeune institutrice quand son fils unique était tombé malade...C'était là un effondrement de ses théories personnelles sur la santé et l'éducation. Elle n'aimait pas du tout qu'il en fût ainsi.

Lucas, qui avait observé son évolution, ne comprit pas son entêtement. Il se sentit tiraillé entre la compréhension et l'agacement. Ce fut ce dernier qui l'emporta...

Les minutes se succédèrent puis, comme elle était apparue, la jeune femme disparut sans que jamais il ne la vit dans son rôle de mère, ce qui le glaça.