DESSIN NAPLES

A Naples, après bien des épreuves, les enfants Lucas et Nicolas se remettent de leurs émotions en compagnie de Stafano, leur guide habituel et de Signorella, une italienne mystérieuse. 

Le pendant de cette forteresse paraissait être le célèbre Château de l’œuf. C'était une construction magnifique située sur l’îlot de Mégaride, à l'intérieur du golfe de Naples. La légende soutenait qu'un œuf caché soutenait la structure du bâtiment...Lucas adora cette énorme forteresse, sa terrasse et son port touristique aux couleurs méditerranéennes. Il insista pour faire une grande promenade sur le port et Stefano, bon prince, poursuivit ses commentaires. Il n'avait rien d'un Napolitain, étant italien du nord, mais les deux enfants ne s'offusquaient pas de lui découvrir soudain une solide connaissance de cette ville qu'il avait l'air de connaître comme sa poche. C'était ses jours là un guide éclairé doublé d'un professeur d'histoire...Attendu qu'il avait déjà présenté de lui des images très contrastées, celle-ci en était une nouvelle ! Les enfants étaient d'autant plus ravis qu'ils déjeunaient dehors et pouvaient faire des emplettes. Il s'agissait souvent de sucreries ou d'objets décoratifs aux formes bizarres, un concours ayant été lancé entre Lucas et Nicholas pour savoir qui trouverait le plus affreux. Dans les rues du quartier espagnol, ils avaient l'embarras du choix entre appareil photo en plastique avec visionneuse des plus belles curiosités de la ville et poupées en costume folklorique. Nicolas faillit emporter la mise avec un coffre de pirates peint de couleurs hideuses mais en dénichant un Neptune tout plastique au visage particulièrement raté puisqu'il louchait, Lucas sortit vainqueur de l'épreuve. Il eut droit à une énorme glace dans une des nombreuses pâtisseries de la Galeria Umberto primo.

Lors de ces temps heureux, évoquer les épreuves subies dans la Villa Ada parut mal venu. En un sens, les deux enfants en furent heureux car ils connaissaient une période de félicité où tout était jeu et découverte. Lucas, cependant, fut ennuyé de rien pouvoir demander car l'itinéraire de Nicolas lui resta mystérieux. Entré dans une pièce qui ressemblait à celle qui avait accueilli Lucas, il s'était de toute évidence mal sorti de ses visions. Mais le tout était de savoir en quoi elles avaient pu le terrifier. Il s'était juré dès le départ d'aider cet enfant fragile et voilà qu'après y avoir réussi, il marquait le pas. Psychologiquement, Nicholas, même s'il donnait le change en riant beaucoup, était fragilisé. Quant à son état physique, il n'était pas bon. Les marques qu'il avait sur les bras cicatrisaient mal, il était pâle malgré son hâle artificiel et redevenait malingre. Obstiné, Lucas tenta sa chance mais l'Italien l'arrêta.

 

NAPLES DESSIN

-Tu ne peux pas l'interroger sur la villa Ada.

-Il a peur, ça l'aiderait.

-Ce n'est pas sûr du tout et de toute façon, tu n'es pas autorisé à le questionner.

-Alors, fais-le, toi !

-Non.

-Tu vas laisser comme ça, alors ?

-Je m'occupe de lui.

 

Il ne mentait pas. Le soir, dans la belle maison du Pausilippe qui les accueillait, il donnait au garçonnet efflanqué des médicaments pour se reprendre. La nuit, il se réveillait et allait s'enquérir de lui. Si l'enfant n'allait pas mieux, au moins son état ne dégénérait-il pas...

Toujours aux aguets, Lucas se rendit compte que son ami parlait dans son sommeil. Il disait des mots sans suite d'un ton affolé. Il n'était pas compliqué de comprendre qu'il évoquait des visions féroces...

-Lumière verte, lumière rouge, rigoles de sang, grande déesse, forêt brûlée, maison détruite...