dessIN ENFANTSSSSS

A Naples ou ils ont suivi un jeune italien, Stefano, Lucas et Nicolas, deux enfants qui veulent échapper à la mort, poursuivrent leurs aventures. Nicolas, cependant, ne va pas bien...

Il avait donc vu des paysages dévastés où triomphait la mort et il s'était battu. Il le disait à mots couverts. Était-ce l'étrange statue de monstre qu'il avait choisie dans le salon qui l'avait attaquée ou un personnage issu d'un des hublots ? Pourquoi était-ce des morsures ? Avait-il perdu beaucoup de sang ?

Refusant d'écouter Stefano, Lucas insista pour savoir mais son ami se montra glacial. Il ne dirait rien. Il semblait lié par un pacte étrange qui lui imposait d'être muet sur ces faits. Son discours implicite était clair : s'il se taisait, il s'en tirerait. Or, ce fut le contraire qui se produisit. Il sortit encore un peu avec eux puis, au bout de deux jours, il parut épuisé. Il resta alité.

Se sentant impuissant, Lucas interrogea de nouveau l'italien :

-Il va devoir rester ici, dans la maison ?

-Il ne va pas bien.

-Ce sera pire s'il reste !

-Comment cela, Lucas ?

-Tu es vraiment énervant. Je t'avais dit qu'il fallait le faire parler et l'aider à passer cette épreuve ! Mais toi, tu m'as dit de ne pas être curieux !

-Ne cherche pas à comprendre.

-Justement si !

-Bon, d'accord. Ce qui est difficile pour lui, ce sont ces épreuves. Elles sont très difficiles et actuellement, il regrette de s'être lancé dans cette aventure. Il regrette aussi d'avoir abandonné l’hôpital. Et pour finir, il a la nostalgie des siens.

-Mais il était content de partir !

-Oui mais là, il change.

-Et que faire ? Il ne peut pas rentrer de toute façon !

-Qu'est-ce que tu en sais ?

-Tu le reconduirais ?

-Non, ce n'est pas mon rôle.

-Il s'enfuirait ?

-Peut-être.

-Et comment ?

-Il y a bien des façons de s'en aller.

-Le bateau ?

-Pas pour aller chez lui.

-La route ? Le train ?

-Oui, c'est possible.

-Il y a d'autres moyens mais tu ne me les dis pas !

-En effet. Tu as remarqué, il est très fiévreux...Il faut commencer par cela !

Lucas se sentit tout bête. Partir, Nicholas, dans son état de faiblesse ? Il fallait ne pas avoir de tête pour l'imaginant courant à la gare de Naples ou sur le port !

Mais peut-être que « partir », ça voulait dire autre chose ! Il y avait un autre moyen d'être remis aux siens...

Affolé, Lucas pensa soudain aux armes à feu que Stefano transportait et dont il leur avait appris le maniement. Ses armes étaient toujours rangées soigneusement et depuis qu'ils étaient arrivés dans cette grande ville ensoleillée, il n'en était plus question. On ne s'entraînait plus car le danger qui régnait dans les maisons isolées où ils avaient trouvés refuge n'existait pas ici. Lui, se servir d'un revolver, il s'en moquait mais Nicholas ? S'il lui prenait l'envie de chercher ça et là dans la maison, il le ferait...Stefano n'était pas toujours aux aguets et lui-même ne passait pas son temps à épier son jeune compagnon. Cette arme, il mettrait la main dessus. Eut-il été en pleine forme et très querelleur, il l'aurait braqué sur eux juste avant de s'enfuir, mais il était malade. Il ne les attaquerait pas, non...Il revit le visage amaigri et pâle de Nicholas juste avant leur fuite puis pensa à celui qu'il avait maintenant. Y avait-il une si grande différence ? Depuis qu'ils s'étaient enfuis, il ne pensait pas à la mort, Ah Thor le laissant tranquille. Mais cette même mort qui prenait ses distances avec lui talonnait son jeune compagnon d'errance. Allons, utiliser ce revolver pour quitter ce monde, ce serait un bon moyen d'en rejoindre un autre, plus paisible. Bien sûr, il se débrouillerait pour quitter la villa et se cacher quelque part d'abord et là, où il serait, il agirait...Lucas frémit. La vie en lui était si forte qu'il n'imaginait pas qu'on pût décider de la quitter. Depuis son départ, cependant, il avait mûri. Ce qu'il entrevoyait de Nicholas sonnait étrangement juste mais comme souvent, il s'aveugla. Il parla de nouveau au jeune guide italien qui parut trouver ces propos stupides.

-Il est prêt du but, comme toi.

-Le but est à Naples.

-Je n'ai pas dit ça.

-Alors, où est-ce ?

-Je réponds à ce type de question ?

Et en effet, il demeura muet.

Tout changea cependant et dès le lendemain, il eut rendez-vous avec Signorella. Il était prévu qu'il la rencontre plus tard mais Stefano ne pouvait quitter la belle villa du Pausilippe, à cause de l'état de santé de Nicholas. Ce serait donc cette femme qui entrerait en scène pour mener Lucas là où il devait aller.