ENFANT EN FUITE

En fuite à Naples, pour échapper à la mort qui les talonne, le jeune Lucas apprend que son compagnon de fuite, Nicolas, est tombé dans une embuscade...

Le surlendemain, lui parvint l'annonce de la mort de Nicholas. Stefano avait retrouvé la trace  du jeune garçon et allait le reprendre avec lui quand l'enfant qui s'était caché dans un appartement à l'abandon avait pris peur. Il avait appelé à la rescousse trois grands gaillards qu'il venait à peine de rencontrer. Ceux-ci lui avaient pris son arme et de l'argent trouvé dans la villa. Cela faisait de lui une proie facile pour ces sbires. Pour le récupérer sain et sauf Stefano avait dépensé des trésors d'ingéniosité en essayant de séparer Nicolas de ses encombrants protecteurs. Il avait presque réussi quand l'un d'eux, pris de soupçons, était revenu à la charge. Sentant l'enfant lui échapper, il lui avait tiré dessus. Il restait au jeune italien  consterné à veiller dans un logement sinistré un petit être qui vivait encore mais n'était plus transportable. Il était encore Hugo Debusson, un jeune vacancier que sa tante attendait à Sorrente. Son passeport attestait sa jeune vie...

La suite, Lucas croyait la connaître. Une fois la mort survenue, Stefano effacerait toute trace d'une double identité chez ce Nicolas si simple et tout d'une pièce...

En effet, Lucas découvrit bien plus  tard de quel subterfuge il était question. Le corps de son ami fut découvert non loin de la clinique dont l'enfant s'était échappé et on incrimina un ancien infirmier déjà compromis dans une séquestration d'enfants. Après la piste bretonne, l'enquête avait piétiné et ce soudain rebondissement permit de la clore.

Jamais l'Italie ne fut évoquée ni Stefano, ni Signorella, ni la villa Ada et encore moins Naples. De toute façon, dans sa famille, on n'aimait pas les voyages. Et puis, le kidnappeur, dont l'esprit semblait un peu dérangé, n'était pas avare en aveux. Ce petit garçon malade, il avait bien vu qu'il n'en avait plus pour longtemps mais il l'avait trouvé mignon.

Lucas, pour l'heure, ne disposait que de l'annonce de cette mort brutale. Choqué, il éclata en sanglots. Restant prostré dans sa chambre chez Caterina, il ne voulut faire aucune sortie et déclara vouloir retomber malade. Il appelait Ah Thor à grands cris...

Signorella fit preuve d'un sang-froid étonnant. Cessant de jouer son rôle d'aimable accompagnatrice, elle se montra enfin sous son véritable jour, celui de médecin. Elle l'examina et lui donna des sédatifs.

Dans les jours qui suivirent, patibulaire à force de sérieux, elle le soumit à toutes sortes d'examens. Quand les résultats arrivèrent, Lucas fut stupéfait. Formule sanguine, reins, cœur, foie, poumons, tout fonctionnait parfaitement. C'était à croire que jamais il n'avait été malade. Stupéfait, il pensa à ses parents, ce qu'il n'avait pas fait depuis des jours et aux images contradictoires d'eux qu'il avait reçues dans la salle aux hublots. Il pensa aussi à Lucky. Avec surprise, il constata que le souvenir de son fidèle chien lui tenait plus à cœur que celui de ses père et mère mais il était trop choqué par ce qui lui arrivait pour s'interroger. Il revit ensuite les images de cataclysmes, les animaux mythiques ou réels qui lui étaient apparus et se sentit déconcerté.

Il grandissait, il changeait et miracle des miracle, il n'était plus malade.

Par contre, Nicholas, lui était mort.

Il demanda le lendemain à retourner à la chapelle Sansevero, étonnant chef d’œuvre du Baroque italien, où il contempla une sculpture du christ voilé. C'était une belle tête d'homme aux yeux clos et aux traits harmonieux sur laquelle reposait un tissu transparent légèrement plissé. Il y avait bien des statues autour du gisant mais Lucas se concentra sur ce visage que la mort semblait laver et purifier. Quel beau Christ ! Il resta longtemps en silence sans que Caterina ou Stefano ne se permette de l'interroger et pensa à Nicholas maintenant seul face à son éternité.

Les jours suivants, il demeura avec eux deux.