labyrinthe souterrain

Enfermé depuis longtemps dans un labyrinthe, le jeune Lucas se bat pour en sortir. iul y parvient et gagne une identité nouvelle...

Il pensa à Thésée, qui devait être juste un peu plus âgé que lui et se levant, il regarda d'un œil neuf les parois lisses de la galerie où il s'était si longtemps assoupi. Il ne trouva plus si laides les silhouettes de ses parents et se focalisa sur la façon dont il s'était représenté lui-même, garçonnet aux membres grêles et au visage allongé. Reprenant la pierre aiguisée là où il l'avait laissée, il se dessina comme il pensait être désormais. Apparut un garçon au corps solide. Il était vigoureux certes, un peu perdu mais loin d'être désespéré. Il écrivit le mot « Honey » au dessus-de sa tête et se sentit soulagé. Il était certes assez peu réveillé et conscient de ce qu'il avait enduré mais il lui sembla que l'enfant en lui ayant reculé, c'était le tout jeune homme qui s'exprimait là ! Il se sentit alors galvanisé !

Il n'était pas au bout de ses peines, pourtant. En effet, à peine avait- t'il fini d'écrire le nom de son héros que La lumière disparut complètement de la galerie. Il s'en inquiéta assez vite d'autant celle-ci changeait de contours, comme, semblait-il, toutes les autres. De lisses, elles devenaient pleines d'aspérités. Le sol jusque là nivelé présentait des irrégularités fortes : on pouvait heurter une pierre ou tomber dans un trou. Il faisait désormais très froid ou très chaud et il n'y avait plus rien à manger ou à boire. C'était là un grand dénuement mais Lucas, désormais changé, se souvenait des épreuves rencontrées par les héros mythologiques de son enfance. Il n'avait vécu, sous terre, que l'ennui d'éternelles vacances solitaires, il était temps de se battre, non ?

Il le fit contre lui-même d'abord en avançant quand même, malgré une perte de repères totale. Il le fit contre un escalier dont les marches semblaient s dérober quand on mettait le pied dessus, entraînant le malheureux candidat à l'ascension, dans des chutes brutales. Il le fit contre une série de portes où il se blessa les mains à cause des pointes ou des morceaux de verre tranchants qui les décoraient. Il le fit contre des sorts jetés, des mots de passe invraisemblables qui n'étaient jamais les mêmes, des hurlements d'hommes torturés qui lui venaient aux oreilles, des bruits de pas si violents qu'ils ne pouvaient venir que de créatures monstrueuses. Il le fit contre un monstre noir qui cette fois correspondait bien à son imaginaire. C'était une créature gigantesque, ailée et dotée en même temps de bras puissants. Des épées et des poignards lui venaient , sans cesse remplacés dans ses mains par de nouvelles armes mais il était fort lui-même et armé lui-aussi. Il trouvait à terre des glaives, des arcs et des flèches, des haches et, virevoltant comme un guerrier médiéval, il se battait dans des salles circulaires qui ouvraient sur de nombreux couloirs. La pénombre avait succédé à l'obscurité et des torches antiques remplaçaient les veilleuses des premiers temps. Il savait ne plus s'appeler Lucas mais Luke Ah le Brave ou Forestier le Grand et la transformation de son nom ne le gênait pas. Il était un héros, pas un enfant perdu, un combattant aguerri par un adolescent souffreteux et il vivrait. Le sang coulait, les sortilèges se défaisaient, les monstres n'avaient plus la même pugnacité, cédant peu à peu du terrain...

La lumière éclatait, dorée et vivifiante quand s'ouvrait l'ultime porte des enfers qui lui résistait encore et Luke Ah le Brave triomphait...

 

th

La Solfatara avait disparu. Il était à Pompéi maintenant et se dirigeait vers les ruines du forum. Il faisait beau et chaud. Au coin d'une rue, il lui sembla bien entrapercevoir une jeune Italien aux cheveux bouclés qui riait de concert avec des amis de son âge et allait s'éloignant. Plus tard, il vit fugacement une femme d'une cinquantaine d'années, altière et brune. Elle visitait la cité antique avec une femme bien âgée qu'elle qui devait être sa mère car elles se ressemblaient. Il lui fit un petit signe de la main mais toute occupée qu'elle était à bavarder, elle ne le vit pas. Il les avait reconnus pourtant, lui et elle. Le chien aussi, il l'identifia. C'était le sien. Sagement tenu en laisse, il se promenait avec ses maîtres, des touristes allemands très attentifs à leur visite. Lucky, rebaptisé Orson avait fière allure. Il fut le seul à croiser le regard de Luke Ah le Brave dont l'apparence était pourtant celle d'un simple touriste français en tee shirt blanc et jeans coupés qui aurait fort surpris d'être affublé d'un tel surnom. Il passait des vacances en Italie et répondait au nom de Louis Fraconnier. En France, longtemps avant, dans une vie qu'il gardait en mémoire, il avait été Lucas Forestier, un enfant disparu tragiquement.

Le soir, il dormirait dans un hôtel près du site et passerait une bonne soirée avec ses amis qui, ce jour-là, n'avaient pas eu envie de faire une excursion. Dans sa vie de surface, il retournerait à Paris où il travaillait et dans sa vie secrète, il reprendrait sa quête. Il trouverait Honey.

Et eux-aussi, il les retrouverait. Noémie et Vincent.

Mais pas encore.

Pas encore.