KATHOLICON

8 Les Météores. Moé Yonhe alias Kiryll.

En Thessalie, le site des Météores plongeaient les touristes dans la stupéfaction. Pour édifier au fait de promontoires rocheux ces monastères orthodoxes à l'architecture puissante, il avait fallu multiplier les prouesses. C'était un cadre majestueux où l'esprit ne pouvait que s'élever, loin de l'affluence estivale des plages et des ports grecs. Il ne fallait pas ménager sa peine quand on séjournait dans cette partie de le Grèce du nord que constituaient les Météores mais l'effort physique paraissait d'autant plus précieux,qu'à l'arrivée, la récompense était inestimable.

Certains monastères étaient encore en activité, ce qui promettait au courageux voyageur d'y être au moins reçu s'il lui prenait l'envie de s'y rendre. D'autres étaient désertés depuis longtemps mais ils n'en attiraient pas moins des promeneurs en quête de merveilleuses photos.

Le monastère d'Aghia Triada était un des plus difficiles d'accès. Datant du Moyen-âge, il disposait d'une petite église cruciforme à coupole reposant sur quatre colonnes. La petite chapelle Saint-Jean Baptiste, creusée dans le rocher, datait, elle, du dix-septième siècle. Richement doté en un temps d'objets de culte et de manuscrits précieux, le trésor avait été pillé pendant la seconde guerre mondiale. C'était là une première déveine. La seconde était que le monastère était resté longtemps inoccupé. Cela donnait peu d'assise à Honey qu'il imaginait changeant d'apparence et traversant les temps. Attendu qu'après une période stérile, les lieux étaient de nouveau actifs, il était à espérer qu'un des courageux moins qui vivaient là fut le Mage qu'il recherchait...

Louis, qui avait été Lucas, vivait sa vie à Paris sans jamais avoir été tenté d'aller dans cette partie de la Grèce. Il avait vingt-cinq ans désormais et gérait très officiellement un petit salon de thé du neuvième où abondait une clientèle bourgeoise. Il y servait, avec un immuable sourire, des thés, des cafés glacés et des pâtisseries aux noms alambiqués. A l'origine, il avait étudié les mathématiques mais les hasards de la vie ainsi que son dédain incurable pour le professorat l'avaient fait obliquer vers cet emploi. Sa mère, qui l'avait élevé seule, le soutenait. Et du reste, bon stratège et fin commerçant, il s'y entendait pour fidéliser une clientèle qui lui ramenait de nouveaux clients. « Le temps permis », ça sonnait bien et il y avait du monde.

Depuis quelques temps, il avait la certitude que celui qu'il cherchait ne pouvait être que dans un seul lieu : les Météores.

Il avait d'abord emprunté un livre à une amie et les photos des monastères perchés sur ces étonnants perchoirs rocheux, l'avaient stupéfait. Puis, il était tombé sur un article dans un magazine féminin. Il y était surtout question des beaux hôtels qui permettaient de faire une pause avant de se rendre sur les sites mais, à propos du monastère de la Sainte-Trinité, il avait lu ces lignes, tirés d'un livre au tirage assez ancien.