meteoressssssssssssss

Il y a longtemps, le petit Lucas a disparu aux yeux du monde. Pourrait-il y revenir alors qu'on le croit mort? Non. Il faut donc aller aux Météores et rencontrer un prêtre orthodoxe qui a tout d'un magicien pour savoir comment renaître...Il faudra changer d'identité.

-Sache qu'ici, je suis le père Kiryll. Je n'appartiens pas au monastère mais un de mes frères y a vécu et y est mort. J'ai demandé à séjourner ici quelques temps et je médite. Je ne suis donc pas visible des touristes. Mais toi, c'est différent...

-Vous êtes donc prêtre orthodoxe ?

-Ici, il n'y a pas un moine ici qui ne puisse te parler de moi. Il te dira quel a été mon appel, où j'ai fait mes études, quand j'ai été ordonné. Il saura retracer mon parcours, te dire quels sont mes charismes...Tu vois, je suis une personne connue et appréciée ici et ailleurs, en Grèce. Tu serais surpris de trouver des photos de moi dans de nombreux foyers. Je suis avec un enfant subitement guéri, une vieille femme qui a retrouvé sa fille avec qui elle était brouillée, un couple qui s'est retrouvé et tant d'autres encore. J'ai été très public, me déplaçant beaucoup et exerçant mon ministère avec humilité. Avec l'âge, je suis de plus en plus appelé au silence et à l'éloignement du monde. Là, tu me vois en compagnie des hommes pour les raisons que je t'ai données mais à l'habitude je suis seul dans un petit monastère isolé. Rassure-toi, il ne trouve pas dans la région des Météores et s'y rendre ne demande aucun exploit sportif. Ce lieu a un grand rayonnement depuis longtemps et ce n'est pas à cause de moi car il est très ancien. C'est un lieu fermé. Le silence, en ces lieux, me conduit et je ne désire rien d'autre que cette béatitude-là. Mais tu étais en chemin, ta quête a été longue et il fallait que je sois au rendez-vous.

Un prêtre orthodoxe, un ermite : Louis-Lucas n'en revenait pas, lui qui avait toujours imaginé que celui vers lequel il allait ne pouvait guère résider qu'en Inde ou au Japon...

Comme il restait silencieux, le père Kiryll reprit :

-Tes parents n'étaient pas religieux...

-Ceux du départ ?

-Bien sûr, je parle de ceux-là. Je t'ai donné une autre famille et je vais te parler de celle-ci, n'aie pas d'inquiétude mais là, je reviens à ton enfance.

-Ils n'étaient pas croyants. Ils croyaient dans les forces de la vie, tout de même...

-Ce n'est pas faux mais ça ne les a pas aidés. Toi, tu as eu la foi ! Tu t'es échappé d'un hôpital, as franchi des frontières, fait confiance à des émissaires et tu es revenu à la vie. N'oublie pas que tu étais aux enfers...Tu as eu l'humilité de changer d'existence sans poser de questions et tu es là, maintenant car c'est le moment juste.

-Enfant, je pensais que si je vous trouvais, je resterais avec vous. Aujourd'hui, cette croyance me reste mais comment faire ? Vais-je encore changer d'identité et d'apparence ?

-Te transformer en moine orthodoxe ! Tu penses à cela ? Avoue que pour toi qui sais encore trop peu sur le christianisme et fort peu de choses des autres religions, ce serait difficile ! Non, je ne vais pas t'imposer cela. D'autant que, comme je te l'ai dit, je vis désormais seul.Tu es devenu Louis Fraconnier et le resteras. Par le fait, comment s'appelle ce monastère ?

-Aghia Triada.

-La Sainte Trinité. Les orthodoxes ont des hymnes superbes sur ce mystère.

-Mon guide m'a dit.

-Tu l'ignorais avant ?

-Non. J'en avais lu quelques uns avant de venir aux Météores.

-Celui-là, tu le connais ?

Comme Louis était en attente, le père Kiryll se mit à psalmodier d'une voix pure et ferme.

Devenant comme une piscine
divine et toute lumineuse,
il embrasse tous ceux
qui en sont dignes
et qu’il trouve en dedans.
Il remodèle entièrement
tous ceux qu’il reçoit
en dedans de lui-même,
il les remets à neuf,
il les rénove de façon extraordinaire.

 

KILENDA

Louis-Lucas écoutait, médusé. Le père reprit la parole.

-Ce n'est qu'un tout petit extrait, bien sûr. Ne compte pas sur moi pour te donner le texte entier : tu le chercheras. Quant te dire ce qui va t'arriver, je te donnerai des pistes. Mais tu veux d'abord savoir pourquoi j'ai changé ton identité, je me trompe ?

-Non, vous dites vrai.

-Lucas Forestier, s'il avait été retrouvé, n'avait aucune chance. Ses parents s'étaient séparés, son père s'en tirant mieux que sa mère. On aurait fait de lui une bête de foire, les médias se plaisant à lui faire raconter son enlèvement et ses rapports avec le vilain malade mental qui avait fait le coup. Une fois le coup médiatique éventé, que serait-il devenu ? En retard dans les études, vivant difficilement sa réinsertion dans la vie courante, il aurait été ballotté entre sa mère meurtrie et son père au faux optimisme. Bien sûr, il aurait grandi et serait devenu adulte mais il était pour ainsi dire fichu. Il lui serait resté le dérèglement mental qu'on aurait excusé car il était resté des années prisonnier, l'écriture de ses Mémoires, histoire de remettre l'accent sur lui ou la dérive vers l'alcool ou les drogues. Dans tous les cas, il aurait été dans une impasse. Après tout, à qui pourrait-il dire ce qu'il s'était passé vraiment ? Qui aurait cru cela ? C'était la version de cet horrible Andréa Bordérieux qui collait. Il avait perdu un fils dans un accident de la route. C'était trop insupportable pour qu'il n'enlevât un garçon de même âge. Il l'avait fait et l'avait caché des années durant. Ce garçon s'appelait comme son fils et il devait l'appeler « papa ». Voilà qui était innommable donc j'ai choisi une autre option. Officiellement, tu es toujours porté disparu. Seulement, l'affaire est classée . Ça fait trop de temps, maintenant. Officieusement, le fils de Pierre et Hélène Fraconnier est mort dans un accident de jet ski. Personne n'a divulgué la nouvelle car personne n'a eu le temps de s'en rendre compte. J'ai fait le nécessaire. Celui qui est rentré de vacances et les a retrouvés, c'était toi, pas le vrai fils mais ils n'ont rien vu. Tu es devenu lui, un garçon élevé par des parents équilibrés et pleins de vie. Il est pianiste de jazz, elle est psychologue pour enfants. Tu as une sœur plus âgée que toi de quatre ans, Elisa. Ta santé a toujours été excellente et on t'a toujours laissé ton libre arbitre.

-Je dois reconnaître que vous avez raison. C'est une famille magnifique !

-Je le sais bien. Et puis, j'ai tout fait au mieux. En regardant des photos anciennes, tu as bien dû voir que tu es le sosie de ce garçon.

-Oui, j'ai vu.

-Et maintenant, tu veux savoir ce que tu vas faire ?

-Oui, j'aimerais.