amoureux

Lucas, devenu Louis vit seul à Paris. Il rencontre une jeune japonaise et découvre l'amour...

Satsuko Arikawa avait beau avoir un nom japonais, elle était anglaise. Ses parents avaient quitté Tokyo quand elle avait sept ans pour s'installer à Londres où ils continuaient de travailler et ils avaient depuis changé de nationalité Le père de la jeune fille tenait un restaurant japonais et sa mère un institut de beauté. Satsuko, elle, avait fait des études de dessins. Elle prenait souvent l’Euro-star pour visiter les musées parisiens et s'étant désolée de ne pas parler le français, elle avait économisé pour passer plusieurs mois dans la capitale. Elle étudierait dans une école de langues et, étant très appliquée, elle apprendrait seule, aussi. La tâche était difficile, elle le reconnaissait d'autant plus qu'elle parlait couramment anglais sans avoir oublié le japonais, mais elle était vaillante.

Quand elle rencontra Louis-Lucas, il y avait six mois qu'elle était là. Elle sortait souvent dans Paris mais jamais encore elle n'était venue dans ce café dont ses amies lui avaient parlé. Elle se plut d'emblée au Temps permis  dont elle aima la sophistication. On y servait des thés raffinés et on n'y parlait pas fort, ce qui la rendait heureuse. Très anglaise dans ses manières, la jeune fille gardait en elle une réserve toute japonaise. Sa vie sentimentale n'avait pas encore été très remplie mais elle avait vingt-cinq ans et le désir de se stabiliser. Le jeune homme qui gérait ce joli café était sympathique et avenant. A la fois timide et audacieux, il dégageait un charme juvénile piquant d'autant qu'il semblait ne pas faire grand cas de son joli visage et pour tout dire, il l'attirait...

Intriguée, Satsuko revint encore et encore. Il finit par la remarquer et fut touchée par le bel ovale de son visage, ses yeux noirs bridés, ses tenues sages mais toujours colorées et son français scolaire...Bientôt, Le Temps permis ne fournit plus un espace suffisant. Il leur fallut les quais de la Seine, l'église de Saint-Germain et la place de l'Opéra. Décidément,ils tombaient amoureux. Elle fit la connaissance de sa famille qu'elle trouva cultivée et sympathique et bientôt, elle fut considérée comme la compagne officielle de Louis avec qui elle partageait le plus clair de ses jours ou de ses nuits. Tantôt, ils résidaient dans son petit studio à elle, bien rangé et lumineux, tantôt, ils vivaient chez Louis dans un joyeux désordre qui n'occultait pas son sens de l'esthétisme. Chez lui, c'était élégant et personnel même si il avait chiné pour trouver ses meubles et couru les solderies pour mettre des rideaux aux fenêtres et des lampes sur les meubles. Des photos ornaient les murs et Satsuko n'eut pas de peine à reconnaître la famille du jeune homme ainsi que bon nombre de ses amis, qu'elle avait rencontrés. Elle fut surprise malgré tout par quelques clichés qu'elle ne sut à quoi les rattacher. Devant un monastère méditerranéen, posait un prêtre orthodoxe à l'air grave mais à l'expression souriante. Louis fut évasif quand elle lui demanda de qui il s'agissait.

-Oh, c'était des vacances en Grèce du nord. Les Météores...C'est une région spectaculaire où des monastères ont été construits sur des promontoires rocheux. Tu te demandes quand tu es là si tu es bien sur cette terre tant ce paysage te pousse vers le ciel. J'ai parlé avec ce prêtre alors que je passais une journée dans un de ces sites difficiles d'accès. C'est un homme droit qui m'a fait du bien.

-Et tu conserves sa photo dans ce cadre, chez toi ?

-Ah oui...

Il y avait aussi la photo de deux Italiens dans une ville antique et là encore, il évoqua des vacances celles-là plus anciennes.

-Des amis italiens, tu dis ?

-Oui. Nous étions à Pompéi. Je les ai perdus de vue mais c'est ma faute car je ne suis pas sérieux dans la correspondance ! C'est dommage. Ils étaient drôles et de confiance...

Il y avait aussi la photo d'une maison qu'elle trouva quelconque mais qu'il affirma être jolie. Non, elle n'appartenait pas à ses parents. En fait, il avait il y longtemps côtoyé un couple qui lui avait beaucoup apporté. Il faisait un camp de vacances près du Mans. Ces gens là y travaillaient. Oh, il devait avoir quatorze ans à l'époque...

 

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Tout cela était très vague et si la jeune fille avait été plus suspicieuse, elle aurait mené plus loin ses investigations. Elle ne le fit pas pour des raisons diverses. D'abord elle était amoureuse, ce qui l'amenait à tout idéaliser chez celui qu'elle aimait. Ensuite, elle était japonaise. Bien qu'arrivée très jeune en Angleterre, elle restait marquée par son éducation qui avait fait d'elle une personne à la nature réservée abondant souvent dans le sens de son interlocuteur sans pour autant être d'accord avec lui. Loin d'être hypocrite, elle se conformait à un modèle de comportement social. D'une politesse extrême, elle savait faire preuve de nuances suivant la personne à qui elle s'adressait. Elle était respectueuses des traditions de son premier pays et avait une vision idéale de la famille. Elle était si différente des jeunes filles qu'il avait connues que Louis se disait souvent qu'il n'aurait pas tissé de liens forts avec elle si elle était arrivée directement du Japon. Au fond, qu'elle ait aussi reçu une éducation anglaise était rassurant car il limitait sans le faire disparaître l'écart culturel qui existait entre eux.

Dans le temps où ils demeurèrent à Paris, il resta évasif sur certains points de son passé sans qu'elle en conçut de l'inquiétude. Sa famille à lui était si adorable que sa mère, devinant qu'une jeune japonaise vivant à Paris devait se languir de la cuisine de son pays, tenta sans grande réussite de lui en préparer. Elle ne réussit pas vraiment son coup mais Satsuko apprécia la tentative. Ce fut l'occasion d'après-midi charmantes où les deux femmes s'apprenaient mutuellement des recettes.