le BIEN ET LE REVE

Satsuko finissait elle-aussi par s'emparer d'un de ces petits messages et comme elle le décryptait sans le comprendre, elle réalisait qu'on la regardait bizarrement, comme si elle avait commis une faute...Elle en éprouvait une telle gêne et un sentiment d'oppression si violent qu'avant même de savoir ce qui adviendrait d'elle et de ces masques désormais hostiles, elle s'était réveillée en sursaut.

Toujours très réservée, elle s'était sentie si remuée qu'elle avait fini par en parler à son mari. Celui-ci était resté très neutre. Le rêve avait du vrai dans le sens où elle le voyait un peu trop comme un personnage de conte de fées. Sous ce masque, il était lui-même à savoir un jeune homme déterminé mais faillible. Curieusement Satsuko, qu'animait une certaine naïveté, ne s'était pas contenté de cette réponse. Une discussion avec la mère de Louis avait fini par l'apaiser. Au cours d'un mariage, on voyait apparaître de l'autre bien des aspects inconnus. Il ne fallait pas se voiler la face et pas trop s'illusionner. Tout être avait des mauvais côtés... Le reste, à savoir que son mari mentait et était réduit en pièces, était du domaine du rêve. C'était cette étrangeté qui pouvait inquiéter car elle s'appuyait sur l'émotionnel de la personne. De ce côté-là, il fallait laisser courir. Louis et elle avaient de lourdes responsabilités avec cette maison de vacances. Sans doute était-elle tendue parce qu'il s'occupait moins d'elle et voilà tout...

Déterminée, la jeune fille s'accrocha à cette réponse et accorda peu d'importance aux autres rêves qu'elle fit, alors que la plupart d'entre eux étaient bien plus inquiétants et déconcertants que celui sur lequel elle s'était appuyé pour se confier.

Et puis, elle fit une belle découverte : elle était enceinte. Louis et les autres étant tous ravis, il n'était plus permis de s'inquiéter. Elle chassa donc de son esprit toutes ces mauvaises pensées et pour la première fois depuis qu'elle s'occupait de la propriété, elle se débrouilla pour faire partir plus tôt quelques pensionnaires. Un quinquagénaire américain déplaisant qui se répandait en propos fielleux sur Louis et elle fit les frais de son agacement ainsi que d'autres qui se montraient un peu trop envahissants. Dès qu'ils furent partis, elle retrouva une certaine sérénité. C'était eux, à n'en pas douter, qui, par leur attitude, l'avaient rendu nerveuse. Cette explication, toute rationnelle, n'était sans doute pas suffisante pour justifier la fin de ces rêves étranges mais, ayant soif de calme, elle s'en contenta.