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Au Japon, Louis est venu en vacances avec son épouse Satsuko et leur fille, Kohana. Il y a longtemps, Louis s'est trouvé séparé de son père. il a acquis la conviction que celui-ci se trouve quelque part dans la capitale nippone...

A peine avait-il fini de parler que le prêtre orthodoxe disparut dans le vieillard japonais qui continua ses prières. Ne le voyant manifester aucun intérêt pour lui, Louis se leva, laissant l'homme à sa méditation et resta un moment sidéré. Une part de lui était redevenue Lucas et elle exigeait qu'il agisse vite. Il le fit. Revenant vers l'oncle, il lui fit une demande qui ravit celui-ci et surprit Satsuko. Quitter le bel appartement et s'installer dans une des suites de l'hôtel que l'oncle Keiji venait juste de faire achever ? Rester au calme dans un décor bucolique et cesser de déambuler dans une ville de neuf millions d'habitants au rythme trépidant ? Tout d'un coup, c'était bien alors qu'hier encore ce n'était pas une bonne idée ! Pour sa part, elle en restait persuadée. L'île de Wight leur offrait déjà une mode de vie plus rural qu'urbain et la maison dans laquelle ils vivaient ressemblait davantage à une vaste et cossue demeure campagnarde qu'à un appartement high tech. Alors pourquoi ? Comme toujours, le doux Louis n'imposa rien et lui laissa la décision non sans lui fournir des explications feutrées. Ce serait un autre Japon et puis l'oncle adoré serait très heureux de leur montrer sa création ! Se laisser convaincre ne fut pas difficile pour Satsuko. Elle avait deviné que l'oncle en avait assez de la grande ville et qu'il brûlait d'envie de leur montrer sa création.

Ils firent donc leurs bagages et se rendirent dans un lieu qui d'emblée les transporta. Le Paradis bleu. C'était le nom choisi. Simple, il sonnait bien. Le moins qu'on puisse dire est que l'oncle avait vu grand. Il ne s'agissait pas d'un parc mais bel et bien de deux qui conjuguaient chacun le thème de la mer. Le premier offrait tout d'une gamme d'attractions allant du manège pour enfants au labyrinthe en passant par la promenade musicale en bateau dans un univers très océanique et le spectacle dansé et chanté sur les thèmes de la pêche et du voyage de découverte. Bruyant, il était surpeuplé en fin de semaine, tout étant mis en œuvre pour retenir le visiteur qui pouvait tout à la fois s'y distraire, s'y restaurer ou y faire des achats. Clinquant, coloré, il était indéniablement attractif et retrouvant leur âme d'enfant ni Satsuko ni Louis ne s'y ennuyèrent. Toutefois, ce fut l'autre parc qui les captiva. Vaste espace parcouru de belles allées qui serpentaient entre de grands îlots artificiels, il permettait de se promener dans le calme tout en contemplant les animaux marins que l'oncle avait fait venir là pour réjouir la vue. Il ne leur était rien demandé d'autre en effet que d'évoluer dans les bassins ou les aquariums qui leur étaient dévolus et ils le faisaient avec grâce attirant les contemplatifs solitaires tout autant que les familles. Lions de mer, morses et phoques s'ébattaient en même temps que les otaries les dauphins et plusieurs sortes d'oiseaux. Paisible, très bien entretenu, l'espace était majestueux, l'oncle Keiji n'ayant pas lésiné sur la grandeur des bassins. Moins commercial que le premier parc, ce second espace n'offrait d'autre divertissement que celui de la promenade mais il était très esthétique et bien sûr on pouvait s'y prélasser dans un café et même y déjeuner. Il bénéficiait également d'un hôtel offrant trente chambres et plusieurs suites dont les prix élevés ne dissuadaient pas la clientèle. Doté d'un vaste hall bleu et vert décoré de belles photos de mammifères et d'oiseaux visibles dans le parc, il permettait aux visiteurs de se relaxer dans des chambres au décor raffiné et apaisant, de faire des repas fins, la gastronomie japonaise étant à l'honneur et de profiter d'une jolie piscine. On pouvait s'y faire masser, assister à une conférence et même s'y faire maquiller ou coiffer. Une clientèle huppée se pressait là et Satsuko reconnut même quelques acteurs en vue et quelques chanteurs, sa vie anglaise ne l'ayant pas coupé des réalités japonaises, des médias et du star système. Elle en fut ravie. Comme toujours, elle prenait le meilleur de ce qu'elle voyait, s'amusant et faisant preuve d'un enthousiasme communicatif. De toute façon, que ce soit à propos du premier ou du second parc, Louis ne pouvait qu'être d'accord avec elle : que dire de mal d'un endroit pareil puisqu'il y avait de quoi s'amuser, s'instruire et s'apaiser devant le spectacle de la beauté ? Dans un décor et un pareil, ils ne pouvaient être qu'heureux et ils l'étaient !

D'abord toujours ensemble, ils se séparèrent pour se livrer à des activités différentes. Satsuko acquit du matériel de dessin et déambulant dans l'un et l'autre des parcs, elle se mit à croquer des scènes tout en faisant de l'aquarelle dans un petit salon de l'hôtel que l'oncle avait laissé libre pour elle. Elle avait sans doute déjà en tête d'illustrer certaines histoires pour des auteurs qu'elle appréciait mais il lui venait l'idée d'en inventer et elle était sûre qu'elle y mettrait des dauphins. Elle ne se lassait pas d'aller les contempler. Quand elle ne dessinait ni ne peignait, elle passait beaucoup de temps avec Louis et Kohana à qui ils chantaient tous deux beaucoup de chansons. Il lui arrivait aussi de livrer son corps aux délices d'un massage, de lire ou de parcourir le parc dans une voiturette de tourisme comme les affectionnait son oncle tout en devisant avec celui-ci.

Louis lui, marchait beaucoup. La réponse était là. Il devait être vigilant. Profitant lui-aussi de la petite voiture électrique de l'oncle, il parcourut aux heures creuses les allées des deux parcs et revint seul à des endroits où il lui semblait que la personne qu'il guettait pourrait se montrer. A l'évidence, elle ne se montrerait pas dans la partie la plus bruyante et la plus animée du complexe et il convenait donc de l'attendre là où tout était plus calme. Il se mit donc à parcourir encore et encore des chemins qui durant la journée était souvent encombrés pour y revenir le matin avant l'ouverture ou le soir après la fermeture. Offrant à son épouse un visage préoccupé, il surprit désagréablement celle-ci et elle, qui n'était nullement soupçonneuse, se mit à le questionner se souvenant soudain des rêves inquiétants qu'elle avait faits à propos des masques.

-Pourquoi passer tant de temps dans ce parc ?

-Il est beau, non ? Je ne me lasse pas de ces bassins pleins d'orques et de dessins et j'aime tous ces beaux oiseaux. Ton oncle a agi en magicien ! Il a créé un espace pour le rêve...