jeune-homme

 

Il y a longtemps, Louis a perdu de vue son père dans des cirscontances mouvementées. Celui-ci est persuadé que son fils est mort. Louis pense qu'il en souffre mais fait erreur...

Il fut surpris que, lors d'une conversation avec l'oncle Keiji, celui-ci se montra intéressé par les activités de l'institut culturel français à Tokyo et par la figure de Jérémie Forestier dont il avait suivi les expositions de photos. Faisant comme s'il était important pour le jeune époux de sa bien-aimée Satsuko de rencontrer au Japon un compatriote plutôt brillant, il invita ce dernier au restaurant gastronomique et Louis découvrit quelqu'un de très différent. Rompu aux usages japonais, Forestier ne parlait qu'à bon escient dans un japonais parfait ou dans un anglais stylé. C'était un homme du monde et non un instituteur qui avait réussi et en l'observant, le jeune homme comprit que son désir de relier en lui le jeune père qu'il avait eu avec cet ambitieux à l’égoïsme triomphant, était vain. Ne peuvent être unifiés que ceux qui le désirent et tout être n'aspire pas à relier son passé à son présent. En tout cas, cette volonté n'habitait pas ce convive à la mise élégante qui cherchait à tout prix à s'assurer que sa vie présente était exceptionnelle et à plaire à des hommes aussi puissants que Seiji Arikawa ! Du reste, après ce dîner, ce Français poseur sembla avoir quitté l'esprit du chef d'entreprise et quand il lui en parla, Louis n'obtint que des monosyllabes. Un bon dîner ? Oui. Une bonne soirée ? Oui. Un Français qui avait vraiment sa place au Japon ? Il fallait bien une représentation française autre que l'ambassade de France puisque les Japonais raffolaient de Paris et que les expatriés s'appuyaient beaucoup sur les institut culturels...Sinon ? Il avait terminé avec ce bon photographe et ce pédagogue pour enfants bien nés. Quant à Satsuko, elle ne montra pas beaucoup d'enthousiasme. L'homme l'avait pris à part pour lui qu'avant le Japon sa vie n'avait pas d'intérêt. En mentionnant son ex-épouse et son enfant mort, il avait eu l'air agacé. Elle se moquait d'en savoir plus car il l'avait mis mal à l'aise. Depuis qu'il les recevait, l'oncle adoré leur avait présenté des personnages autrement intéressants ! Elle, elle aimait tous ceux qui géraient le parc, leur sérieux et leur professionnalisme...

Louis n'en demanda pas plus. Sa vie se ferait avec sa femme, sa petite fille, ses deux mères et père qui lui avait été donné en cours de route et resterait le seul dans ce rôle ? Était-ce mal ? Non, ça ne pouvait l'être...

Au moment de quitter le Japon, Lucas, en lui, renoua avec le désarroi. Il fallut toute l'énergie de Kohana pour guérir son père d'une tristesse qu'elle semblait seule à capter. Dans l'avion du retour, elle chantonna et malgré sa voix enfantine, elle étonna son monde. Elle chantait de courtes mélopées apaisantes...Habitué au surnaturel, Louis reçut le message. Son enfant en porteuse de paix apaisait sciemment son désarroi.

A l'arrivée à Londres, le couple fut accueilli par la famille de la jeune femme et dans l'île par les parents de Louis. Les adieux avec l'oncle avaient été cérémonieux mais sereins. Ayant beaucoup aimé s'occuper de ce jeune couple et de leur ravissante enfant, il projetait déjà de venir en Angleterre...

Dans le parc de la maison, Noémie jouait avec Cukill et déjà les candidatures affluaient pour les stages à venir. L'été, surtout, s'avérait prometteur. En se penchant sur la liste des inscrits au stage, Louis s'arrêta à un nom. Celui d'un prêtre orthodoxe grec qui voulait venir se reposer ici. Stefanos Chariathis. Intrigué, il interrogea sa femme.

-Tu sais pourquoi il veut venir ?

-Il n'est pas inscrit à un stage et il arrivera d'Athènes. Je crois qu'il a un neveu qui est en Angleterre et qu'il veut voir. C'est un jeune homme qui habite dans l'île mais il est peut-être un peu à l'étroit chez lui. C'est mieux pour le père de prendre un hébergement ici.

-Mais c'est un homme qui vit en reclus. Il peut voyager comme il veut ?

-Je ne sais pas s' il a vocation d'ermite. Je pense plutôt que c'est un prêtre qui est bien entouré. Si tu lis bien ce qu'il a écrit, c'est ce que tu comprends. En tout cas, il a déjà tout payé donc on est sûrs de le voir.

-Tu es sûr de son nom ?

-Regarde-toi même !

Louis le fit pour ne pas déconcerter son épouse mais il savait à quoi s'en tenir.

Ainsi, il venait à lui, ne se laissant même plus chercher. Kyrill, Moé Yohne, Honey...

Ainsi le Bien faisait un voyage.

Il imagina le père aux vêtements noirs et à la lourde valise, aux cheveux longs et à la grande croix orthodoxe descendant de l'avion et passant les formalités de douane. Et il l'entendit passer du grec au français et de français à l'anglais. Il était dans le jardin de la propriété, se disait ravi de sa chambre et de l'accueil et attirait déjà à lui tous ceux qui avaient des maux cachés et cherchaient la paix.

Alors, Louis, content de cette image, se mit à sourire.

 

France Elle

Juin-août 2019.