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A Paris, Bertrand Dangle-Defort rencontre Anna Destien qu'il voudrait pour la suite tout entière à son service.

C’était une femme qui découvrait tardivement le « quelquefois » …Mais bref. Je reviens à ma rencontre avec Anna.

Je portais un costume que je possède depuis peu et une chemise blanche de belle qualité. C’est une habitude que j’ai d’être vêtu de manière sobre et classique, tout en affectionnant les belles matières. Regardez la haute couture : vous y verrez des vêtements très bien coupés et travaillés, mais pas nécessairement ostentatoires. Eh bien, ce jour- là, je peux vous assurer que mes effets étaient ménagés tant par la qualité de la veste par exemple, d’une coupe impeccable et d’un tombé parfait que par la richesse du drap et la finesse de la chemise.

Il faut vivre dans un monde de signes.

Arborer un tel costume, porter une chemise de prix sans cravate et des chaussures faites sur mesure, c’était accepter ce monde- là et le lui rendre .accessible. J’avais été, de toute façon, ce qu’il est convenu d’appeler un jeune homme de bonne famille et les apparences comptaient. Homme mature, je restais fidèle à cet idéal de bien paraître et de bien parler qu’on m’avait communiqué et qui, jamais, ne m’avait desservi.

Avec elle, ce serait peut- être un peu difficile car, je le voyais bien, était assez ignorante des usages de cet univers dont je voulais qu’elle s’approche et dont je ferai plus tard la peinture : celui de Michèle et de Francis, mes lointains parents, celui de Daniela, puis celui de Claire…Cependant, elle était pleine de finesse et de bonne volonté. Mes vêtements lui « parleraient » et avec eux, ma personne physique. Certainement pas de façon immédiate mais à coup sûr.

J’avais déjà des plans pour elle. Je savais déjà où j’allais.

Vous savez, je suis un homme déterminé. Et pas seulement…

Je sais ce que je veux…

Et…

Mais je m’aperçois que je dis mal les choses. Vous lisez les déclarations d’un parisien de cinquante ans qui se dit aisé et épris des bonnes manières en pensant qu’il s’intéresse à une femme qui a, depuis peu quitté sa province et le compagnon qui partageait sa vie et veut changer la sienne. Cette femme entre deux âges ne peut être sans beauté ni sans classe, sinon, vous vous imaginez que je m’intéressais pas elle. C’est une bonne remarque.

Vous pensez que je veux l’éduquer pour en faire, en quelque sorte, une femme du monde. Elle doit donc acquérir une façon d’être et de paraître que son milieu social, bien moins nanti que le mien, ne lui a pas permis de cultiver. C’est assez vrai aussi.

Mais le point crucial vous échappera de toute façon si je continue de faire le mystérieux et je n’ai pas l’intention de rester secret plus longtemps.

Une partie de moi a recherché des amours classiques pouvant, le cas échéant, conduire au mariage et, je me suis marié…

Avant de l’être, je laissais vivre à sa guise une autre partie de ce moi complexe que je dépeindrai ici autant que j’en suis capable. Je ne cherchais pas des « amours montrables », des relations valorisantes sur le plan social, des « petites amies » ou des « amantes romantiques ». Je montrerai plus tard que très tôt dans ma vie, était apparu chez moi le goût pour certaines femmes : celles qui ont besoin d’être conduites, éduquées, dressées…

Ces femmes là, vous savez, c’est comme si vous les attiriez à vous en utilisant un code silencieux…Elles cherchent des hommes « dans votre genre » et vous cherchez « des femmes comme elles ». Vous voulez dominer. Elles veulent se soumettre. Forcément, vous finissez par faire connaissance. J’allais dire « alliance » mais ce mot risque de vous dérouter. IL est bien trop conjugal…

Concernant, Anna, vous l’aurez deviné, mon plan était double. Je sentais chez elle des dispositions à jouer ce rôle que j’aimais qu’une femme prenne : la femme intelligente, intellectuelle, bonne convive et bien à sa place dans des conversations de bon niveau et la créature très sexuelle, obéissante et charnelle qui, dans l’intimité, est tout entière à mon service.