ALLI

Bertand, homme de cinquante ans aisé et dominateur, rencontre à Paris une Anna qui veut changer de vie et a déposé une annonce sur un site libertin.

-Je viendrai ce soir et vous me parlerez de ce que vous avez vécu.
Je l’entendis répondre oui et me bornai à me dire satisfait.
Le jour passa sans rapidité ni lenteur. J’étais toujours très pris par mon travail. Je passai chez moi me plonger dans un bain tiède et me changeai puis en descendant, j’achetai du champagne et m’en fus.
Il faut respecter les règles, dans ces relations là comme dans les autres. Ce n’est pas parce qu’on s’apprête à soumettre une femme qu’il faut d’emblée la mettre en position d’infériorité et ceci pour une raison simple : cette femme est prête à servir, à s’abaisser. Ce qui va lui être demandé est contraignant et difficile. Il me semble que l’erreur est de la maltraiter d’emblée, alors que rien est scellé, sous le simple alibi qu’elle s’est fait connaître à vous par un mode qui n’est pas conventionnel. Je m’explique. Toute droite et sérieuse qu’elle était, Anna avait tout de même trouvé le moyen de s’inscrire sur un site libertin et d’y faire paraître une annonce qui, bien que très modérée dans ses propos, laissait tout de même bien paraître ses desseins.
Elle avait écrit que  brune et mature, elle cherchait des amours qui sortaient des sentiers battus et qu’elle se sentait transportée de joie à l’idée de rencontrer un être « fantasque, dur et autoritaire » qui saurait la guider et la faire obéir.
C’était ses mots, pas les miens.
Elle disait clairement ce qui ne lui conviendrait pas et ce vers quoi elle tendait…
Discuter avec elle montrait bien qu’elle était assez néophyte et ignorait bien des pratiques, tout en en ayant probablement le goût. Alors, à l’évidence, il fallait d’abord la choyer…
Quand elle me vit dans l’encadrement de la porte, elle se montra d’abord indécise et gênée. Elle portait une jupe noire qui ressemblait à un jupon et un corsage ajusté rouge, assez ouvert. Cette mise me surprit car elle était audacieuse. Anna ne m’avait pas préparé à cela ! Elle portait de jolis escarpins à hauts talons qui la faisaient se tenir dans un joli et précaire équilibre et avec cela, elle avait forcé sur le maquillage et les bijoux. Oh, rien de bien vulgaire bien sûr mais tout de même. En l’observant rapidement, je devinai qu’elle portait un soutien- gorge mais pour le reste, je ne me prononçais pas.
Elle changea très vite d’attitude et me sourit en me laissant entrer ; Je découvris un décor qui ne lui allait pas bien mais dont elle s’accommodait. L’appartement, d’assez petites dimensions, était situé au troisième étage d’un bel immeuble et aurait pu ouvrir sur la rue, offrant ainsi le spectacle du jardin du Luxembourg. Malheureusement, Il ouvrait sur une petite cour intérieure, ce qui le rendait un peu sombre. L’amie d’Anna l’avait abondamment meublé dans ce style anglais un peu rustique qui faisait fureur il y a quelques années. ¨Pris séparément, chacune des pièces du mobilier était belle mais à l’évidence la concentration de commodes, étagères, fauteuils, canapé et petites tables nuisait à l’équilibre. En outre, l’amie partie en Angleterre semblait raffoler des gravures naïves évoquant le lièvre de Mars et le chat de Chester, entre autres. Bref, cet assemblage de meubles en pin, de tentures rouges et d’encadrements typés formait un décor confondant, convenant peu, il faut bien le dire, à la discussion que nous étions amenés à avoir…
Mais mon élégante apparence, ma patience et le champagne au goût raffiné que j’avais apporté eurent vite raison de la timidité d’Anna.
Assise en face de moi, les jambes croisées, elle m’expliqua qu’elle trouvait formidable l’opportunité de vivre dans ce quartier et qu’elle avait beaucoup d’indulgence pour celle qui avait ainsi décoré et meublé un espace qu’elle aurait agencé d’une tout autre manière. Elle avait longtemps vécu « chez elle » ou plutôt « chez eux ». Ce n’était pas désagréable de se retrouver du jour au lendemain « chez quelqu’un d’autre ».
Je lui dis que je comprenais mais que je souhaitais savoir si, malgré tout, l’appartement lui étant momentanément laissé, elle avait réussi à organiser un espace personnel.
-Oui, bien sûr, là où je dors.
Je demandai à voir. Elle hocha la tête.
Elle avait, en effet, transformé le décor d’une chambre en changeant la couleur des rideaux et du dessus de lit et en retirant toutes les décorations qu’elles soient murales ou autre. Elle avait enlevé un miroir aussi. Ce n’était pas le décor neutre et un peu sévère vers lequel elle tendait mais elle estimait avoir créé un espace plus rigoureux. Je notais qu’il régnait là un parfum d’austérité et cela ne me déplut pas. Je notais aussi qu’elle ne manifesta pas d’émotion particulière quand j’observai ce décor et demandai à voir ce qu’elle rangeait dans ses placards et tiroirs. Elle ouvrit une armoire où je découvris ses robes, ses chandails et ses jupes. Je notai qu’elle portait peu le pantalon et j’eus un sourire intérieur…Je contemplai ses chaussures et en ouvrant et refermant des tiroirs, je trouvai d’autres vêtements et bien sûr des sous- vêtements. J’entraperçus de belles choses ajourées et ne pus m’empêcher de regarder à la dérobée puis franchement celle qui me faisait ainsi les honneurs de sa garde-robe. Elle demeurait droite, toute tendue sur ses hauts talons et je la trouvais bien plus belle que la première fois. Je crois qu’elle était heureuse que je voie cela d’elle car cela ouvrait l’idée que peut être c’est moi qui choisirais certains vêtement et certaines pièces de lingerie, quand l’envie m’en prendrait et qu’elle serait toute contente de se laisser ainsi faire.
Elle se livrait donc un peu.
Il serait de bon ton de vous dire que nous en restâmes et passâmes une « soirée délicieuse » mais ce serait faux.