QUOTI-20190328-UNE-Patrimoine

A l'examen, Anna Destien, qui est venue à Paris pour changer de vie, pourrait bien devenir la soumise de Bertrand Dangle-Defort.

- Bien, alors dans ce cas, je vais être concis. Tu vas libérer l'appartement du Luxembourg plus tôt que prévu et tu t'installeras dans un petit logement dont je vais te donner les coordonnées. Tu feras ceci dès que tu en auras terminé avec ton emploi. Si j'ai bien compris, tu en as encore pour dix jours. Quand tu déménagement, tu n'emporteras que certains effets et me confieras le reste. Tu vivras en suivant des règles précises. Tu recevras des ordres et tu devras t'y conformer. Ton arrivée chez moi dépendra de ces semaines probatoires. Dans le temps où tu seras dans cette période intermédiaire, tu recevras quelques visites et tu devras respecter les ordres que je t'aurais donnés. En théorie, tu es désireuse de m'appartenir. Si tout se passe bien, ce sera le cas. Cependant, n'oublie pas que tu es libre. Tu l'es encore. Ton nom t'appartient. Ta vie t'appartient. Si tu ressens comme pesantes les « activités » que je vais t'imposer, si tu te sens rebelle parce que minimisée ou bafouée, c'est que cette liberté est plus importante que ton désir d'appartenance. Mais si tu veux m'appartenir, sache que c'est sans son retour. Tu n'auras même plus de nom...

- Oui, Monsieur. Je crois que je comprends....

Je lui souris de manière énigmatique.

- Tu crois que tu comprends ?

Elle parut amusée :

- Mais, oui.

- Alors dis- moi comment tu t'appelles...

Elle eut un rire incrédule :

- Anna, Anna Destien.

Je lui tapotai doucement la joue.

- Profites-en. Profite de ta bonne mémoire...

- Là, je ne vous suis pas...

C'est moi qui cette fois me mis à rire.

- C'est très bien comme ça. Quelquefois, comprendre...

Je lui dis que dès qu'elle n'aurait plus d'obligation professionnelle, elle logerait sur les Grands boulevards et qu'elle serait ravie de l'appartement que je lui réservais. Comme je la voyais radieuse et que l'heure du déjeuner approchait, je lui dis de me suivre dans un restaurant exquis que j'avais jadis fréquenté. Elle choisit ce qu'elle voulait, ce qui parut la surprendre et je lui fis boire du champagne. Physiquement, elle était transformée. La femme que j'avais vu entrer dans le café portait un manteau gris et une robe gris et rouge sans élégance particulière. Celle du restaurant, recoiffée et légèrement fardée offrait un beau visage équilibré et une silhouette plus attirante. Elle était nue sous sa robe, je le savais et portait non des collants mais des bas jarretières. Elle fit des efforts, je le vis, pour ne jamais croiser les jambes et tenir ses lèvres descellées et le plus souvent, elle garda les yeux baissés. Le désir physique, qu'elle tenta de dissimuler d'abord, se fit plus violent et je pus le lire, par instants, sur son visage, quand elle ne contrôlait pas. Ne croyez pas que j'y fus insensible, car ce fut pas la cas mais je vous ai dit avoir développé fort tôt un goût pour la domination...En pareil cas, emmener Anna dans un lieu où je l'aurais possédée aurait été une faute.

Je la revoyais. Je posais mes conditions. Cela suffisait...

Elle comprit à la fin du repas qu'elle n'aurait de moi que quelques sourires succédant à des commentaires sur les talents reconnus du chef de ce restaurant et la haute qualité des vins et des champagnes qu'on y servait. Elle eut l'intelligence de s'en contenter.

Tandis que je la raccompagnais, je lui fis une présentation rapide de consignes auxquelles elle devrait se conformer et lui souhaitait une bonne journée....

Vous le voyez bien, elle ne s'attendait à rien de ce qui allait lui arrivait.

Mais elle avait dit « oui ». Et ce « oui » allait l'engager sur des voies difficiles...

Pour l'instant, elle était heureuse.