DIANE D

Ce fut mon premier contact avec elle et le second eut lieu deux mois plus tard. Ensuite, nous nous rencontrâmes régulièrement toujours avec des amis. Puis les choses devinrent plus intimes.

Diane était réservée et c’était là une surprise. Quand on la voyait, on pensait que sa minceur et sa beauté lui donneraient de l’abattage or, on découvrait que loin d’en faire des motifs de succès, elle tentait de les mettre de côté. Elle était mince naturellement et je ne l’ai jamais vu accorder à son corps une attention extrême. Elle était la dernière enfant d’une fratrie de quatre et, comme ses frères et sœurs, elle était sportive. Son frère aîné était très bon en équitation, sa sœur aînée adorait l’athlétisme et son second frère, enfin, était fanatique de judo. Il était donc naturel pour elle de bouger. Originale, elle s’était démarquée de sa famille en faisant du golf avant de suivre son modèle avec l’équitation que pratiquaient également son père et sa mère. Ce n’était pas là la seule originalité qu’elle eût, je dirais même que c’était la moindre. Diane était une littéraire, une artiste quand toute sa famille avait l’amour des sciences. Elle n’avait pas voulu être ingénieur comme son père et son grand frère. Elle n’avait pas fait médecine comme sa mère et sa grande sœur et elle ne voulait pas être pilote de ligne comme son jeune frère. Elle avait fait du latin et du grec puis de l’italien et avait passé un bac littéraire qu’elle avait eu avec la mention très bien. Ensuite, elle avait abattu ses cartes : elle voulait faire les Beaux- Arts. Ses parents n’étaient pas tombés d’accord avec elle mais elle n’avait pas lâché. Elle avait travaillé ça et là pendant un an, faisant des petits boulots pour payer ensuite sa première année d’études. Comme personne n’avait prêté grande attention au professeur de dessin qu’elle avait eu plusieurs années durant et qui l’avait dite fort douée, elle surprit en réussissant très bien. Ses parents qui lui avaient battu froid se radoucirent et l’aidèrent matériellement.

Elle passa sa licence brillamment.

Elle partit un an à Rome pour compléter sa formation puis fit l’école du Louvre. Elle hésitait entre une carrière de peintre et un statut de critique d’art. Elle commença par l’un et poursuivit par l’autre. Son idée de galerie d’art germa ensuite et se concrétisa progressivement. Entre temps, je l’avais rencontrée, j’étais épris d’elle et je l’aidais dans ce projet. Aujourd’hui, sa galerie tourne bien. Diane est intelligente. Elle a du flair…

J’en reviens aux premiers temps. Expliquer pourquoi on se met à aimer quelqu’un est une tâche impossible, on le sait bien. Diane me plut car elle avait un physique de jeune guerrière. Grande et mince, elle était blonde et avait les cheveux courts. Les traits de son visage étaient purs et nets. Ses yeux, d’un bleu vif, surprenaient par leur expression à la fois observatrice et déterminée. Elle se fardait peu mais avec raffinement, se parfumait chez Guerlain (ce qu’elle continue de faire) et s’habillait de manière basique. Ses jodhpurs, ses petits cardigans et ses gilets s’accordaient avec ses manteaux d’hiver au grand col ou ses imperméables d’un chic tout anglais. Elle avait peu d’accessoires mais tous étaient d’un goût très sûr. Pour conclure, elle manifestait dans sa mise ce goût pour la simplicité non ostentatoire que j’ai déjà signalé. Et naturellement, elle en imposait.

Diane n’était pas une grande bavarde. Elle était observatrice et clame. Je ne l’ai jamais vu s’exprimer sans réflexion préalable. De ce côté-là, elle était tributaire de sa famille pour qui se laisser aller à exprimer des sentiments tant joyeux que tristes était en quelque sorte un impair. Elle me plut par sa réserve et sa détermination. Je la séduisis par mon humour, mon élégance et le côté libre de ma pensée. Nous avions la même appartenance sociale, ce qui nous rapprocha. Nous aimions les Arts et l’Italie. Nous avions de l’ambition mais un certain code de l’honneur.