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C’était là le terrain d’une entente et d’un mariage. Nous le comprîmes. Je l’épousai.

L’avoir fait me remplit toujours d’aise même si ce mariage est défait. Il aura duré longtemps puisque nous étant épousés à trente ans, nous nous séparâmes quand nous en avions quarante-six. Une chose est sûre : aucun des deux ne partit pour un autre. Les années passées ensemble avaient sans doute eu raison de nous : nous nous connaissions trop.

Nous n’avions pas d’enfant. Diane ne pouvait en avoir.

Quand d’autres femmes courent les médecins, elle accepta la situation. Celle-ci ne la désarçonnait pas…Elle comprit bien qu’il n’en était pas de même pour moi. Jamais je ne lui fis de scène. Jamais je ne condescendis à lui dire ces sottises qu’un homme que la frustration aveugle finit par dire à son épouse. Elle m’en sut gré. Cependant, alors qu’elle ne souffrait pas, moi, je souffris. J’aurais aimé un enfant. Un enfant d’elle. Je suis sûre que venant d’elle, il aurait été plein de grâce, de force et de beauté. Je lui aurais donné le meilleur…

Mais je m’arrête là.

Je préfère évoquer la vie joyeuse de nos premières années de vie commune : travail prenant, sorties nombreuses, voyages et fous-rires.

Je nous revois en Italie un mois d’août. Je nous revois aux Etats-Unis. Nous marchons dans les rues de Prague, nous découvrons Berlin…

Les premières expositions de Diane ont un certain succès. Elle vend quelques toiles abstraites.

Elle laisse la peinture et devient critique.

Nous achetons ensuite un local que nous transformerons en galerie…

Nous avons trente- cinq puis quarante ans. Les photos nous montrent l’un et l’autre assez beaux et rayonnants.

Les photos suivantes ne mettent plus l’un et l’autre en scène. Elle est seule à New York. Je parade à Paris avec des amis. Et inversement.

Un jour, nous nous rendons à l’évidence : nous allons nous séparer…

Voilà, c’est ainsi que je veux parler d’elle et de moi.

Je ne souhaite être ni impudique ni vengeur.

J’ai voulu parler de cette Diane que j’aimais tant, de cette jeune fille un peu distante qui me séduisit, de l’épouse élégante qui m’intrigua tant par sa réserve et de la femme mature qui faisait de si bons choix à la fois esthétiques et marchands quand nous eûmes cette galerie d’art que désormais elle fait « tourner » seule.

Des côtés difficiles, je ne dirais rien. Diane était sexuellement assez insensible mais il me fallut des années pour en prendre ombrage. De ce que je pus vivre en parallèle, elle ne sut jamais rien et de mon côté, je n’étais pas homme à l’interroger sans discontinuer quand elle avait passé un certain temps en dehors de Paris.

Les choses prirent fin, c’est tout.

Je garde d’elle un souvenir ému et souvent, nous nous saluons au téléphone.