PRISONNIERE

Et Nuit, me direz-vous ? Où était-elle ?

Je la cantonnais dans sa chambre. Elle avait beaucoup d’exercices à faire et se taisait. Le silence lui étant imposé, elle ne dévia pas et elle mit son honneur à ne pas se manifester, un temps durant.

Je recevais, je riais, j’écoutais, je me manifestais.

Elle entendait tout.

Elle ne disait rien.

Martha officiant, les convives riants, mon beau salon envahi, cela dut lui déplaire au bout d’un moment.

Un soir, Monica ayant ri très fort à une blague un peu salace qui visait sa très belle anatomie, elle toussa. Une première fois puis une seconde, cela passa inaperçu ; une troisième, il fut évident que cela venait d’une personne extérieure à la salle.

On me questionna : j’esquivai.

On se remit à rire et à parler. On fit de nouvelles plaisanteries.

Elle toussa à nouveau, nerveusement. L’assemblée fut mal à l’aise et partagée. Comme j’éludais les questions qu’on me posait, on me quitta mi amical mi gêné et je fus mal à l’aise.

Jour après jour, je possédai encore Nuit.

L’incident se renouvela pourtant et mes invités, qui n’étaient pas les mêmes, furent également partagés et surpris.

Ce nouvel incident mit fin, je crois, à la réclusion de Nuit. Je décidai d’y mettre fin et, pour ne pas qu’elle se mette en tête que je la dominais plus, je décrétais qu’elle serait livrée à d’autres et ceci pour un temps indéterminé ; ainsi, elle ne serait pas toujours à demeure…

Je crois qu’à cette époque, elle était assez hors d’elle-même et ne pouvait comprendre que sa jalousie dérangeait à ce point ma tranquillité sociale qu’il ne fallait pas qu’elle durât plus. Elle pensait à une petite fâcherie.

Il n’en était rien, comme on va le voir.

En attendant, elle restait captive et délicieuse.

Je la prenais.

C’était bon.

Et puis, les autres vinrent : ceux qui pouvaient disposer d’elle.