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Bernard, soucieux que l'éducation de Nuit se poursuive, fait la rencontre d'un autre dominant. 

Christian, devant son entrecôte saignante agrémentée de salade verte, me parut, il faut le dire, peu sympathique. J’aime qu’on montre ses excès et je montre les miens : j’aime l’élégance vestimentaire et je force la note. Je n’aime que certains vins et je fais vite la fine bouche ; je vivrais difficilement en dehors de Paris et je ne prends mes vacances que dans des capitales au renom international ou de splendides villes d’art …Et je m’arrête là !

En termes de soumission, il me serait impossible de faire face à certains types de femmes car leurs désirs dépassent de loin mes attentes. Si le lecteur considère déjà comme excessif et répréhensible le traitement que j’ai pu faire subir à Nuit et les projets que j’avais pour elle, il manque de jugement. En effet, pour cruelles qu’elles paraissent, mes manières de faire n’ont rien à voir avec la sauvagerie pour ne pas dire la bestialité de certains « Maîtres ». Je vous ai, je crois, parlé de cette soumise aux seins martyrisés que j’avais dû éconduire. Imaginez-vous bien que celles qui demandent des traitements identiques sont nombreuses et qu’elles trouvent, de toute façon, des êtres qui leur répondent ; ils les maltraitent, les humilient, les frappent et les font jouir en gommant en elles tout désir de vivre différemment. Du moins tant qu’ils ne sont pas lassés d’elles ou qu’elles –mêmes n’ont pas trouvé d’autres échappatoires. Si je suis homme à enfermer, à entraver et à faire attendre avant de punir et de contenter (ou l’inverse), je ne suis pas homme à « mutiler », quelle que puisse être la mutilation. En fait, je ne veux pas détruire ; je veux éduquer et apprendre. Nuit est en elle-même un devenir. Elle devient parfaite. Où aurais- pu trouver une créature si avide de se donner à moi ? Nulle part. C’est elle qui est là pour moi et moi pour elle ! En somme, nous nous sommes trouvés. Dire que c’est « pour toujours » est une aimable utopie, je le sais bien. Mais j’ai peine à croire que tout cela puisse tourner court…

Mais je reviens à Christian et à notre dîner. Il était tout entier vêtu de noir et je ne lui trouvais aucune séduction. Sa coupe de cheveux me parut sommaire. Il avait les yeux un peu trop brillants, ce qui signifiait une grande avidité ; et avec cela, les lèvres épaisses. Elles esquissaient un sourire gourmand, qui me déplut. Il était le signe d’une trop grande avidité.

Le restaurant s’appelait « L’entrevue » ce qui, nous concernant, me parut très juste. Je montrai à mon invité un jeu de photos sur lesquelles apparaissaient Sur les premières, il trouva Nuit « stylée mais bien trop habillée ». Elle portait, en effet, des tailleurs faussement sages aux jupes fortement ouvertes sur les côtés et sous de petites vestes ajustées, des bustiers transparents. Elle avait de la classe, ses beaux cheveux bruns aux reflets roux savamment coiffés et son visage embelli par le fard : de l’or sur ses paupières et du rouge sur ses lèvres. Le collier de cuir ouvragé était bien visible, les chaussures étaient hautes, le maintien provoquant. Christian, toutefois, ne semblait pas contenté. C’était là une belle femme trop lointaine. Il lui fallait des images plus crues.