NUITTTTTTTTTTTTTTTTTT

Nuit 26 est prêtée par Bernard à Christian...

Christian, de toute évidence, aurait accepté bien plus cru et même l’aurait attendu comme une évidence. Il me trouvait bizarre dans mes raffinements mais ne dit rien. Je m’en tins pour ma part à une prudente réserve. Il était adepte de rites inconnus de moi et se servait d' objets dont je préférais ne rien savoir. Il devait être très « rustique », très cruel aussi. Nuit serait mise à rude épreuve. Toutefois, sa condition même impliquait changements et épreuves. D'emblée, son maître à venir, semblait enthousiaste. 

-Elle est excitante à priori. Ce ne sont cependant que des photos. Il faut voir…

-Oui, je sais bien.
-Tu me la mettrais en pension, en somme…
-Si l’on peut dire.
-Ah mais, on peut le dire ! J'ai un grand savoir et une belle chienne comme cela ne pourrait qu'en profiter ! Rien que d’y penser…
-Ce serait un mois au départ.
-Ah oui, ça me semble un minimum.
-Naturellement, elle aurait tout ce qui est nécessaire pour te plaire dès le départ...
-Ne t’inquiète pas. Elle peut aussi me déplaire. Je la punirais.
-Elle est restée plusieurs mois seule avec moi. Elle sera surprise !
-Allons ! Je suis différent de toi, c’est clair mais elle a dû en apprendre. Tu sais y faire. Elle est déjà dressée, celle-là, j’ai l’œil, crois-moi. Tu lui as montré des choses ! Je vais lui en montrer d’autres ! Et moi, je ne vais pas la cloîtrer ! Il passe du monde chez moi, certains jours. Elle sera à la fête.
-Je sais cela et t’en remercie.
Nous mangeâmes de la viande rouge, des pommes de terre frites et de la salade, met banal rebaptisé ce jour -là dans ce restaurant à la mode, d’un qualificatif pompeux. Tandis que je me contentai d’un verre de bordeaux, Christian finit allégrement la bouteille. Il voulut un dessert, moi non.
Il était gai quand nous nous nous séparâmes.
Le transfert de Nuit de mon domicile au sein avait été programmé. Arrivée un vingt- six janvier, elle me quittait début avril pour un temps indéterminé.
Il fut convenu que nue, je l’envelopperai d’une cape noire pour la conduire chez son Maitre temporaire. Elle emporterait quelques effets et j’en ferais suivre d’autres, si nécessaire.
Elle quitta sans nostalgie particulière sa petite chambre blanche, le petit bureau où elle s’allongeait sur le grand fauteuil médical et mon salon si beau et tendu de blanc.
Chez Christian, il y avait toujours du monde.
Je la laissai à l’entrée de l’ascenseur. Elle semblait calme.
-Tu sais, dit Christian, j’ai un soumis là-haut. Il va lui expliquer ce qu'elle est en droit de savoir, si tant est qu'elle ne l'ait pas compris assez vite avec moi !
Je prendrai des nouvelles, suivant nos conditions !
-Ah bien sûr, je t’en prie.
Il l’emmena. Dans sa cape noire, Nuit était frémissante. L'anxiété et l'excitation devaient se partager son coeur. Bien qu'elle en mourut d'envie, ele ne se retourna pas pour ne pas me mécontenter.
Je rentrai seul et passai une soirée tranquille. J’écoutais Brahms ! Cela faisait si longtemps…Au bout de quelques jours, je changeais. Je me sentais à l'aube de temps nouveaux et en avertit Christian. J'envisageais déjà une passation définitive et me sentais joyeux. Ma soumise était partie. Tout était ouvert. J'allais attendre que le sort me soit favorable. A l'évidence, Nuit ne me reviendrait pas. A peine l'avais-je quitté que je le savais déjà. Et je savais aussi qu'il en viendrait une autre...

France-Elle

2012