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Line, quarante-sept ans, divorcée, vit loin des siens à Nantes. Elle connaît la tentation des sites internet où les rencontres semblent faciles, et se trouve face à Maître Hugues...

De cette période de sa vie, elle parle peu, non qu’elle en ait honte mais parce qu’il faut trouver les bons interlocuteurs. On ne peut dire impunément à un compagnon plutôt tranquille, à une fille adolescente qui s’accoutume doucement à un presque beau-père et à un garçon d’une dizaine d’années que trois auparavant, on était complètement différent. Ce serait infiniment périlleux : alors, on ne dit rien.

Line sait se taire. Quand on commence à savoir le prix des choses, on mesure le pouvoir du silence. A quarante-sept ans, elle se présente comme une personne mesurée, une femme à qui on peut faire confiance, ni trop intelligente, ni trop belle. Juste une employée appréciée car travailleuse et une compagne pondérée. La secrétaire qu’on ne voudrait surtout pas limoger; l’amoureuse qui sait écouter et au côté de laquelle, on veut passer des années.

La mémoire « publique » de Line est faite sur mesure. Elle s’est mariée très jeune, a eu deux enfants, s’est séparée douloureusement d’un allemand affairiste installé en France et a connu une période très difficile : un train de vie ralenti, un ex-époux rancunier et avare, le retour du fils aîné à Munich, chez son père et les turbulences d’une préadolescente déstabilisée. Des moments vraiment durs avec des cris, des reproches, des fugues. Marianne retrouvée une nuit dans un commissariat. Marianne quittant la maison la nuit, Line la recherchant. Et puis, Claire, la sœur qui propose une solution : que Marianne vienne habiter Avignon avec elle et qu’elle vive au sein d’une famille stable : un mari cadre bancaire, elle, professeur de lettres et trois garçons travailleurs et bien éduqués.