DITA

Image 1 : seins nus soutenus par le corset. Cheveux lisses, coiffés en arrière. Demi-sourire. Le buste apparaît, une main soutenant le visage. Croisement de noir et de blanc. Chair palpable et mouvante.

Image 2 : Debout en guêpière. Bas noirs. Fard à lèvres d’un rouge violent. Expression du visage : attentive, rêveuse et veule aussi comme si tout se résolvait à un échange et un paiement.

Image 3 : à plat ventre, sur le lit fastueux. Le visage est soutenu par les mains. Le sourire est là, insistant et « canaille », un mot que le photographe aime bien. Sans sourciller, le modèle assume de ne porter qu’un bustier. Rien ne peut la mettre mal à l’aise. Elle est sans décence. Invisible sur la photo, sa croupe tendue affiche une blancheur captivante mais le photographe, aux ordres d’un magazine de mode à grand tirage, ne peut rien faire que de se cantonner à son rôle d’illustrateur. Sur la pâleur de la peau, le raffinement des postures et des toilettes doit se suffire à lui-même. Des seins nus et une voilette pour éloge de la féminité. De belles pièces de lingerie, ensuite.

Images 5 et 6 : une femme en soutien-gorge pigeonnant dont on ne voit que le décolleté et une autre, de profil, montrant en contre-jour de hauts seins et des bas luxueux que maintiennent un porte jarretelle.

Toujours le bel hôtel. Toujours Nice ou Cannes. Toujours la tension de Sylvia Hemmes, faisant son possible pour égaler cette Geneviève Dormes si respectée et attendue par ce photographe au prénom précieux et suranné : Jean-Loup. Et toujours l’échec, car malgré la patience et l’hypocrisie de l’orchestrateur, tout conforte le « modèle » dans l’idée qu’il n’est pas à la hauteur de l’égérie.

Et pourtant, et pourtant, une fois cette pesante séance de photos terminée, le magazine paraît et la femme est belle : sereine et espiègle. Sensuelle et magique. Fastueuse.

Le numéro se vend très bien. La jeune femme est non seulement félicitée mais sollicitée. Des contrats. De l’argent. Encore des contrats et du pouvoir puisque l’argent le donne.