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Lise fait ainsi depuis dix ans, étonnant un mari à qui l’art du travestissement échappe et qui donc, s’émerveille de cette épouse théâtrale. Tantôt, diurne, elle va et vient en robe de laine ou jupe et corsages sages ; tantôt nocturne, elle l’attend. En guêpière et voilette, elle sourit et le bleu de ses yeux scintille. En porte-jarretelles et bas noir, elle couvre de ses mains ses beaux seins et attend en silence, frémissante. Accoudée à un guéridon, elle se tient droite, un corset noir lui remontant les seins comme pour les présenter, les faire jaillir.

Il la regarde.

Il la désire.

Ils se rejoignent. Dans la nuit de l’amour, ses gémissements à elles ont une tonalité plus aiguë ; mais les siens, plus graves les complètent pour signer une belle mélodie toujours renouvelée.

Au matin, il y a d’autres postures, d’autres attentes dans des vêtements frais – combinaison bordée de dentelle ; culotte blanche haute et soutien-gorge incrusté de broderie anglaise – et d’autres étreintes.

Toujours, toujours.

Ils ont quarante ans.

De Sylvia Hemmes et Geneviève Dormes, elle sait tout.

Lui, rien.

De Jean-Loup, il commence à s’imprégner car il se prend d’intérêt pour la photographie.

Une femme aux seins et au jeune visage à peine dissimulé par une voilette. Une sorte de collier lui descendant de cou et lui barrant l’encolure, pour aller ensuite séparer deux seins mobiles et doux.

C’est ce qu’il veut photographier.

Il le dit et le fait, au milieu des étreintes, encore et encore.

Un jour, elle se voit et elle le sait. Elle est mieux que Geneviève Dormes. Aussi parfaite que Sylvia Hemmes.

Il ne cesse de lui faire l’amour, lui, ce mari qui l’aime.

Elle est sur la photo. Ses beaux seins raidis pointent.

Elle est « canaille ».

Elle est heureuse.

Et, fastueuse, bien sûr.